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21/12/2012 06:11 EST | Actualisé 20/02/2013 05:12 EST

Shopping de Noël en berne à Chypre, plombée par la crise

Dans le centre de Nicosie, l'avenue Makarios a sorti ses illuminations de Noël, mais à l'image de l'économie chypriote, cette grande artère commerçante a perdu son clinquant: beaucoup de boutiques ont tiré le rideau et celles qui survivent sont quasiment vides.

Certes, le centre commercial et l'hypermarché de jouets installés en périphérie de la capitale ne désemplissent pas, mais de nombreux Chypriotes redoutent de voir toute l'île méditerranéenne, plombée par l'exposition de ses banques à la crise grecque, sombrer aussi vite que l'avenue Makarios.

"Il y a quelques années, il fallait payer jusqu'à un demi-million d'euros de pas-de-porte pour s'installer avenue Makarios. Maintenant, plus rien", rappelle Christos Styliou, qui tient deux magasins dans le centre-ville, l'un d'articles de sport et l'autre de jouets haut de gamme.

En un an, son chiffre d'affaires a chuté de 60%. Il a licencié la plupart de son personnel, assure lui-même les ventes et les livraisons, entasse ses stocks chez lui pour ne plus payer d'entrepôt.

"Beaucoup de nos clients ont perdu leur emploi, certains ont vu leur salaire diminuer de moitié", confirme Georgios Gakos, vétérinaire dans un quartier plutôt favorisé de la ville. "Celui qui venait chaque mois faire toiletter son chien ne vient plus que pour le vaccin annuel".

"Les gens viennent essayer de vendre leurs meubles" enchérit Dean Millard, qui gère un magasin d'objets d'occasion.

"Les Chypriotes sont trop fiers pour dire que c'est parce qu'ils ont besoin d'argent, mais je sais que c'est le cas. Et je ne peux pas les aider: il n'y a que l'électroménager qui se vende, et encore...", enchaîne ce britannique installé à Chypre depuis 26 ans, qui est aussi artisan.

Les chantiers sont devenus si rares qu'il a dû licencier ses salariés, et le magasin rentre à peine dans ses frais.

Dans ce contexte, il a tenté de négocier un rééchelonnement de son prêt. Mais la banque proposait un taux d'intérêt de 10,5%, alors il s'est débrouillé "à la chypriote", en empruntant dans sa famille.

"Les gens n'y arrivent plus", confirme une banquière s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. "Ils viennent très nombreux demander un rééchelonnement de leur prêt. Et on ne peut pas toujours le leur accorder" parce que la valeur des biens immobiliers servant de garantie a chuté.

"Un appartement qui valait 100.000 euros il y a peu en vaut 70.000 aujourd'hui", explique-t-elle.

Selon Alekos Tryphonides, responsable d'un syndicat de la fonction publique et cadre du parti centriste Diko, le pays a vu disparaître 5.000 petites et moyennes entreprises depuis trois ans.

Le chômage a bondi, touchant plus de 12% de la population active. Et cela ne compte pas les milliers de travailleurs immigrés réguliers ou clandestins, venus essentiellement du Sri Lanka, des Philippines et du Vietnam, qui ont été les premiers à voir fondre leurs heures de travail.

La semaine dernière, Orphanides, la plus grande chaîne de supermarchés de l'île, écrasé de dettes, a été placé sous séquestre, plongeant dans l'inquiétude des centaines de salariés et fournisseurs.

Et après le secteur privé, c'est maintenant aux 72.000 fonctionnaire de voir leurs salaires, déjà gelés cette année, baisser de 15% en 2013, si tant est qu'ils soient versés: le gouvernement a dû puiser dans les fonds de pension d'organismes semi-publics pour payer les salaires de décembre.

Parallèlement, la TVA et les taxes sur les cigarettes ou l'essence augmentent, les factures d'électricité flambent depuis l'explosion qui a détruit la principale centrale en juillet 2011, les loyers ne baissent que très lentement et le coût de la vie reste élevé.

Beaucoup dans l'île parlent désormais d'exil, citant un ami, un cousin ou un voisin parti en Australie, en Allemagne, en Russie, en Argentine... Mais plus en Grèce.

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