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21/12/2012 06:48 EST | Actualisé 20/02/2013 05:12 EST

Fifa - Jérôme Champagne: "Il y a une crise de gouvernance dans le football"

Auditionné mercredi par le Conseil de l'Europe, Jérôme Champagne, ancien secrétaire général adjoint de la Fifa, a exposé à l'AFP les réformes qu'il juge nécessaires pour en finir avec "la crise de gouvernance" de l'institution, sans dévoiler ses intentions en vue de l'élection à la présidence en 2015.

Q: Quelles sont les idées que vous avez défendues devant le Conseil de l'Europe?

R: "Le football est un vrai succès mais il y a une crise de croissance avec l'augmentation des inégalités, la dérégulation. Aujourd'hui, il y a plus d'argent dans le football africain qu'il y a dix ans mais l'écart avec l'argent du football européen s'est encore accru. Dans les championnats, la Ligue des champions, le classement est quasiment identique aux budgets. Autre problème, le manque de transparence. Les structures en charge du football ont de moins en moins de contrôle sur le football. Des structures externes sont beaucoup plus présentes. On a deux alternatives: que le football devienne élitiste comme le basket-ball avec la NBA, ou qu'il reste universaliste. Si on choisit la première option, on peut se satisfaire d'une Fifa en forme de vague holding des Confédérations, qui détermine la taille du ballon et organise tous les quatre ans la Coupe du monde mais qui n'a pas de pouvoir de gouvernance. Je ne suis pas d'accord. Je veux un football universel et ce n'est pas la même Fifa dont on a besoin."

Q: Les réformes engagées à la Fifa après les scandales de corruption vont-elle dans le bon sens?

R: "Ces réformes sont substantielles mais loin d'être suffisantes. Après les controverses des attributions des Coupes du monde 2018 et 2022, il fallait faire quelque chose. La grande réforme concerne l'indépendance de la commission d'éthique avec capacité de s'auto-saisir, pas de limitation de sujet et dans le temps. Il y a aussi l'attribution de la Coupe du monde qui sera du ressort du Congrès. L'attribution par le Comité Exécutif était une erreur. La Coupe du monde appartient aux Fédérations, pas aux structures continentales. Parmi les réformes intéressantes, il y a la présence d'une femme au CE, l'autorisation du port du voile, l'introduction de la technologie sur la ligne de but."

Q: Quelles sont les autres changements nécessaires?

R: "Il faut démocratiser la Fifa avec notamment l'élection du président au scrutin de liste pour lui donner une majorité au CE, en finir avec l'européo-centrisme au CE, donner la majorité des sièges au CE à des présidents en exercice de fédérations élus par le Congrès, reconnaître les Confédérations et leur déléguer des compétences définies, avoir un siège au CE pour la Fifpro (le syndicat des joueurs, ndlr) et créer une vraie association mondiale des ligues et des clubs reconnue par le CE, séparer les fonctions gouvernementales du CE de la partie économique pour éviter les allégations, régler la question des inégalités et les écarts de richesse inacceptables. Avez-vous entendu de la part des institutions la volonté de corriger cette absence de concurrence?"

Q: Michel Platini a pourtant effectué des réformes en Ligue de champions...

R: "Elles partent d'un bon sentiment, sont politiquement et romantiquement correctes mais ne modifient pas les choses et sont illusoires sur le long terme."

Q: Le fair-play financier est-il une bonne solution?

R: "C'est un problème qui touche 20 grands clubs européens. En gros, c'est le Bayern Munich qui fait des profits et qui ne veut pas que d'autres le battent avec des déficits. Ce n'est pas le problème du FK Voïvodine ou du Legia Varsovie. Le problème des inégalités, ce n'est pas seulement les déficits, c'est aussi les différences de revenus. Le fair-play financier n'en tient pas compte."

Q: Comment voyez-vous vôtre rôle dans l'avenir et n'êtes-vous pas en train de vous positionner comme un futur candidat à la présidence de la Fifa?

R: "Je ne me place pas dans ce débat. Il y a un président en place (Joseph Blatter, ndlr) et l'élection est en 2015. Ce n'est pas le débat. Je n'ai pas décidé que je serai candidat et je n'ai pas décidé que je ne serai pas candidat. Je continue à défendre mes idées."

Propos recueillis par Keyvan NARAGHI

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