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21/12/2012 06:51 EST | Actualisé 20/02/2013 05:12 EST

En plein hiver, les habitants d'Alep privés de pain et d'électricité

Six mois après le début des violents combats à Alep, les habitants de cette grande métropole du nord de la Syrie doivent faire face, en plein hiver, à une nouvelle épreuve: de graves pénuries de pain et de carburant.

Des foules patientant devant les boulangeries aux enfants arrachant des branches pour pouvoir faire du feu, les habitants de cette ville qui fut la capitale économique du pays tentent de survivre, lançant des appels au secours à l'étranger.

"Le pétrole et la nourriture sont très chers", souligne un vendeur de fruits qui ne souhaite pas donner son nom. "Ce ne sont pas les fruits, le problème, ce sont le pain et le carburant".

Près de lui, un autre vendeur désigne un parc de l'autre côté de la rue expliquant que les arbres qui s'y trouvaient il y a quelques mois ont depuis été abattus pour servir à chauffer des habitants.

Les combats de rue entre forces loyales au président Bachar al-Assad et rebelles font rage depuis juillet à Alep, où les réseaux habituels d'acheminement de carburant et de farine ont été coupés dans les nombreux quartiers tenus par les rebelles.

Les fréquents bombardements et les tirs dissuadent par ailleurs les habitants de se déplacer, particulièrement dans les zones proches de la ligne de front.

Les rares personnes qui en ont les moyens utilisent des générateurs, mais la majorité des habitants des quartiers aux mains des rebelles sont privés d'électricité. Quant aux boulangeries, elles ne peuvent satisfaire la demande et les prix du pain sont montés en flèche.

Les traditionnelles galettes plates, vendues par paquet de huit, ont vu leur prix tripler dans les boulangeries qui, jusqu'en juillet, recevaient des subventions pour la farine.

Pour les autres boulangeries, les prix sont encore plus élevés, comme dans la quasi totalité du pays.

Les prix de l'essence, du fioul et du bois ont également flambé.

Le coordinateur de l'aide humanitaire pour l'ONU en Syrie, Radhouane Nouicer, a évoqué mercredi une "détérioration dramatique de la situation humanitaire" dans le pays.

Selon une ONG tchèque, les habitants d'Alep commencent parfois dès la nuit à faire la queue devant les boulangeries subventionnées, où ils sont souvent des centaines à patienter dans l'espoir d'obtenir le précieux aliment.

"Ils n'ont pas accès au pain, pas accès aux soins de santé", déclare Michal Przedlacki, le chef de mission en Syrie de cette ONG, People in Need, qui a distribué de aliments de base ces dernières semaines mais manque de fonds pour étendre ses actions.

"Nous n'avons aucune idée de la façon dont ils vont pouvoir passer l'hiver", indique le travailleur humanitaire, alors que les températures descendent jusqu'à 4° de nuit comme de jour à Alep.

Et de déplorer: "Il n'y a quasiment aucune aide internationale présente sur le terrain, notamment dans l'intérieur de la Syrie".

Le Conseil révolutionnaire de transition à Alep a reçu pour sa part un million de dollars de la Coalition nationale, le principal groupe d'opposition, et prévoit d'acheminer du carburant pour les boulangeries et les moulins, explique Hakim al-Halbouni, l'un des membres de la direction de cette instance.

S'exprimant depuis un hôtel de la ville turque de Gaziantep, il ne précise pas la quantité de carburant qu'il compte transporter de Turquie en Syrie, ni son coût, mais indique que le conseil espère recevoir plus de fonds de la coalition et de la communauté internationale.

L'ONU a lancé mercredi un appel pour 1,5 milliard de dollars pour aider jusqu'en juin plusieurs millions de Syriens affectés par le conflit.

Le Programme alimentaire mondial a indiqué éprouver de plus en plus de difficultés à aider les Syriens en raison de "l'escalade de la violence", soulignant que la population fait "face à une pénurie de pain (...) en raison essentiellement du manque de fioul nécessaire pour faire marcher les boulangeries".

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