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20/12/2012 06:09 EST | Actualisé 19/02/2013 05:12 EST

Syrie: Poutine appelle au dialogue, l'ONU craint un conflit sectaire

BRUXELLES - Le président russe Vladimir Poutine a affirmé, jeudi, que Moscou reconnaît que des changements sont nécessaires en Syrie, mais a dit craindre que le soulèvement pour renverser le gouvernement de Bachar el-Assad ne plonge le pays encore plus profondément dans la violence.

M. Poutine a ajouté que la Russie souhaite un réglement qui empêcherait la Syrie d'éclater en morceaux et d'être déchirée par une guerre civile interminable.

La Russie a répété, à plusieurs reprises, que sa position dans le dossier syrien ne vise pas à assurer la survie de M. El-Assad. Le président Poutine a déclaré jeudi qu'il ne se préoccupe pas outre-mesure du sort du régime Assad.

Il a dit comprendre la situation et réaliser que la famille Assad est au pouvoir depuis 40 ans, ce qui entraîne clairement des appels au changement.

Par ailleurs, la commission internationale indépendante d'enquête sur la Syrie mise sur pied par les Nations unies a prévenu jeudi que la guerre civile qui déchire le pays se transforme de plus en plus en conflit sectaire qui oppose des rebelles majoritairement sunnites aux soldats gouvernementaux appuyés par les minorités ethniques et religieuses du pays.

Le directeur de cette commission créée par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies, Sergio Pinheiro, s'est inquiété de la présence de combattants étrangers, dont certains ont des liens avec des groupes extrémistes, et de la radicalisation de certains des combattants syriens anti-gouvernementaux.

«La commission est extrêmement préocupée par la présence de combattants étrangers (...) qui ne luttent pas pour la démocratie ou les droits de la personne, a déclaré M. Pinheiro aux journalistes. Ils se disent même très fiers de contrevenir au droit humanitaire.»

Les divisions sectaires sont les plus prononcées entre les sunnites et les alaouites — la communauté dont sont majoritairement issus les principaux dirigeants gouvernementaux et militaires — mais d'autres groupes minoritaires sont de plus en plus aspirés par le conflit, prévient le rapport.

«Les forces gouvernementales et les milices qui les soutiennent (attaquent) des civils sunnites tandis que des rapports font état de groupes armés anti-gouvernementaux attaquant des Alaouites et d’autres communautés minoritaires pro-gouvernementales, dont des Catholiques, des Arméniens orthodoxes et des Druzes, affirme la commission par voie de communiqué. D’autres communautés minoritaires, y compris des Chrétiens, des Kurdes et des Turkmènes, ont également été pris au piège du conflit et, dans certains cas, contraints de prendre les armes pour se défendre ou de prendre parti.»

Il a ajouté que la vaste majorité des victimes depuis le début du conflit, il y a près de deux ans, ont été des civils, et a accusé les deux parties de crimes incluant des exécutions sommaires et la torture.

M. Pinheiro a rappelé que les rebelles se cachent dans des zones urbaines où ils se fondent dans la population, provoquant des frappes aériennes et d'artillerie par le gouvernement.

«Nous pensons que c'est une guerre sans victoire militaire possible, a-t-il dit. Il est très illusoire de penser que de fournir des armes à une partie ou à une autre accélérera la fin du conflit.»

Enfin, les réfugiés palestiniens auraient commencé à réintégrer le camp de Yarmouk, à Damas, où les combats entre les rebelles et une milice favorable au régime Assad se font moins intenses.

Des négociations se dérouleraient actuellement pour permettre aux insurgés qui se trouvent toujours dans le camp d'en sortir, de crainte que les forces gouvernementales ne s'apprêtent à lancer une nouvelle offensive dans la région.

L'ONU affirme qu'environ les deux-tiers des quelque 150 000 résidants de Yarmouk ont fui le camp depuis le début des affrontements la semaine dernière.

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