NOUVELLES
20/12/2012 07:57 EST | Actualisé 19/02/2013 05:12 EST

Netanyahu renchérit sur la colonisation pour contenir ses rivaux radicaux

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu promet de continuer à bâtir dans les colonies, malgré de vives condamnations internationales, afin de faire pièce à la popularité croissante de l'extrême droite à un mois des élections.

Jeudi encore, son gouvernement de droite a donné son feu vert à la phase initiale d'un projet de création d'une colonie de 6.000 logements près de la ville de Bethléem en Cisjordanie, peu après que la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, a dénoncé "l'expansion sans précédent" des colonies juives dans les Territoires palestiniens.

De l'aveu même des colons, ce projet traînait pourtant dans les tiroirs depuis 2000 et sa prochaine mise en oeuvre n'est pas certaine.

"Pour l'heure, il n'y a sur place que quelques caravanes ainsi qu'une yéchiva (institut talmudique), et il faudra encore attendre avant que les travaux puissent effectivement démarrer à Gevaot", a expliqué Hagit Ofra, spécialiste du dossier de la colonisation pour l'ONG La Paix Maintenant.

"Bibi (surnom de M. Netanyahu) n'est pas vraiment intéressé à construire pour les Juifs: il cherche uniquement à se parer d'une aura de droite pour arracher des suffrages" à ses rivaux de la droite radicale, estime Aryeh King, un puissant bailleur de fonds de la colonisation.

Visiblement peu impressionnés eux aussi par l'annonce ces derniers jours de projets de construction de milliers de logements dans les implantations à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupées, plusieurs leaders d'extrême droite ont carrément accusé M. Netanyahu de "bluff" mercredi.

Ils ont fait valoir que le Premier ministre, dirigeant du Likoud, cherchait à tirer les marrons du feu en multipliant les annonces sur des phases de la procédure administrative complexe de projets en fait déjà entérinés depuis longtemps.

En réponse aux critiques internationales, et fort du consensus de ses compatriotes, Benjamin Netanyahu a fait savoir qu'Israël "entend poursuivre la construction à Jérusalem ou dans les blocs de colonies qui resteront partie intégrante d'Israël dans tout futur règlement de paix" avec les Palestiniens.

Ce faisant, il met en porte-à-faux ses rivaux centristes et de gauche qui lui reprochent d'avoir provoqué l'isolement d'Israël et des tensions avec son grand allié américain par la relance de la colonisation.

Israël considère Jérusalem comme sa capitale "unifiée et indivisible". Mais la communauté internationale ne reconnaît pas l'annexion en 1967 de Jérusalem-Est où les Palestiniens veulent établir la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

Selon un récent sondage, le bloc de droite dirigé par M. Netanyahu est assuré de s'imposer au scrutin du 22 janvier. Mais la popularité de la liste commune formée par le Likoud avec le parti ultranationaliste Israël Beiteinou est en baisse avec 35 sièges sur 120 au Parlement, contre 37 auparavant.

Ce tassement profite notamment à ses partenaires de droite, en particulier au Foyer juif (nationaliste religieux) de Naftali Bennett, actuellement crédité de 11 sièges à la Chambre, contre trois seulement dans le Parlement sortant.

"Il est bon que M. Netanyahu reste à la tête (d'Israël), mais nous voulons aussi tenir le volant", a dit à l'AFP M. Bennett. Ce dernier convoite au moins trois ministères, dont le portefeuille crucial du Logement, dans la prochaine coalition gouvernementale et approuve les dernières annonces de construction tout en se disant "plutôt circonspect" sur leur caractère effectif.

Selon le politologue Hanan Crystal, "M. Bennett pousse à la radicalisation, alors que M. Netanyahu préfèrerait se donner une coloration plus libérale", dans la perspective d'un possible ralliement des formations centristes ou même du Parti travailliste (centre-gauche).

ChW/agr/tp