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20/12/2012 06:03 EST | Actualisé 19/02/2013 05:12 EST

Même positif, le référendum égyptien ne mettra pas fin à l'instabilité

Le projet de Constitution soutenu par le président égyptien Mohamed Morsi est bien parti pour être approuvé lors de la seconde phase du référendum samedi mais le vif conflit qu'il a provoqué avec l'opposition risque de se poursuivre au delà du vote, estiment des analystes.

Le pays le plus peuplé du monde arabe risque au contraire d'aller vers une période d'instabilité prolongée qui pourrait affecter la capacité du président islamiste à gouverner et peser sur les chances de redressement d'une économie très mal en point.

Des semaines de manifestations et l'accumulation de maladresses de la part de M. Morsi ont dopé une opposition jusque-là quasiment inaudible, et mis en lumière un pays profondément divisé sur la Constitution, mais surtout sur un projet de société pour l'Egypte post-Moubarak, l'autocrate renversé début 2011.

"La Constitution va très certainement être adoptée", prédit Hani Sabra, du centre d'analyse Eurasia Group. "Mais les résultats vont aussi alimenter la confrontation entre les Frères musulmans (dont est issu M. Morsi) et l'opposition non-islamiste".

Le vote du 15 décembre dans une première moitié du pays a donné 57% au "oui" selon des résultats officieux, et il semble peu probable que la tendance se renverse samedi dans les gouvernorats restants.

Mais les islamistes risquent aussi de ne pas atteindre les deux-tiers des voix, seuil jugé nécessaire par certains d'entre eux pour que le référendum constitutionnel traduise aussi un succès personnel pour M. Morsi.

"La confrontation, au travers de manifestations dans la rue, des grèves et des affrontements entre supporteurs rivaux et avec la police, va rendre plus difficile de gouverner", ajoute M. Sabra.

Revigorée, l'opposition a toutefois encore du chemin à faire. Elle a prôné un vote "non" au scrutin mais après avoir réussi des manifestations de masse, elle a semblé s'essouffler mardi avec un maigre rassemblement de moins de 2.000 personnes au Caire.

"L'une des grandes question sera de savoir, si le +oui+ passe, si l'opposition va s'en tenir là et dire qu'elle a fait ce qu'elle a pu, ou si elle va redescendre dans la rue et appeler à un regain de mobilisation", s'interroge Hassan Nafaa, du centre d'études politiques al-Ahram au Caire.

Des législatives prévues dans les deux mois après l'adoption d'une Constitution pourraient dès lors constituer une épreuve de vérité pour cette opposition hétéroclite, qui va des nationalistes de gauche à des libéraux.

"Ce qui se développe en Egypte, c'est la bataille idéologique de la décennie", estime Paul Sullivan, spécialiste de l'Egypte à l'université de Georgetown aux Etats-Unis.

Si les Egyptiens dans leur immense majorité se déclarent être des musulmans pieux, il n'est pas acquis qu'ils se retrouvent tous dans l'islam conservateur des Frères musulmans ou dans le rigorisme de leurs alliés salafistes.

"Ce que l'on voit ressemble à bien des égards à un affrontement entre interprétations de l'islam, voire un choc de civilisations à l'intérieur de la société égyptienne", ajoute-t-il dans une étude sur le site des Global Experts. "L'issue ne sera pas déterminée par le seul référendum ni même par les prochaines élections".

L'une des principales victimes de cette instabilité pourrait bien être l'économie, qui traverse une grave crise depuis la chute de Hosni Moubarak début 2011, avec une baisse des recettes du tourisme et un effondrement des investissements étrangers.

Les taux de croissance -+2% en 2012 et +3% attendus en 2013 selon le Fonds monétaire international- ont fondu de plus de moitié par rapport aux dernières années sous l'ex-régime, et les réserves en devises ont dégringolé en deux ans de 36 à 15 milliards de dollars.

Le Caire et le FMI se sont entendus pour suspendre une demande de prêt de 4,8 mds USD à l'Egypte, dans l'attente d'une clarification de la situation politique, une mesure qui ne va pas manquer de prolonger l'attentisme des investisseurs.

Pour l'ambassadeur de l'Union européenne en Egypte James Moran, "les investisseurs sont intéressés par l'Egypte" mais "il est important de créer de la confiance. La situation actuelle est fragile, et le plus tôt le prêt du FMI interviendra, le mieux ce sera".

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