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20/12/2012 05:42 EST | Actualisé 19/02/2013 05:12 EST

En Jordanie, les mauvais traitements sont le lot quotidien des domestiques

Confiscation du passeport, coups, insultes: c'est le lot quotidien en Jordanie d'un grand nombre de domestiques originaires du Sri Lanka, d'Indonésie ou encore des Philippines.

"L'agence de recrutement a pris mon passeport à la seconde où je suis arrivée à l'aéroport d'Amman", explique Norhima Hayral, 27 ans, qui a trouvé refuge dans un centre d'hébergement pour domestiques maltraitées, financé par l'Agence pour l'emploi à l'étranger du gouvernement philippin.

"Je travaillais pour une famille jordanienne de huit personnes (...). La femme me frappait tout le temps. Je crois qu'elle était jalouse parce que j'étais plus jeune qu'elle", ajoute-t-elle.

"Un jour on m'a demandé de faire le ménage dans une maison en dehors d'Amman. Le propriétaire a commencé à me toucher et quand j'ai résisté, il m'a frappée. Il m'a menacée avec un couteau, m'a entraînée dans une chambre et m'a violée", se souvient-elle, éclatant en sanglots.

Montrant ses ecchymoses, la jeune femme explique qu'en raison de son statut de clandestine elle n'a jamais pu porter plainte à la police.

"Des responsables du centre sont en train d'essayer de récupérer mon passeport. (...) Je veux juste rentrer chez moi", ajoute-t-elle.

Selon Human Rights Watch (HRW), un grand nombre des 70.000 travailleurs domestiques venant du Sri Lanka, d'Indonésie et des Philippines sont victimes de mauvais traitements en Jordanie comme des coups, des insultes, des journées de travail sans fin, l'absence de congés ou le non versement du salaire.

En 2007, les Philippines avaient interdit à leurs ressortissants d'aller travailler en Jordanie, en raison du "nombre croissant de travailleurs en détresse" qui demandaient de l'aide auprès de l'ambassade, selon le gouvernement Philippin.

Mais cette interdiction a été levée en octobre, après la signature par les deux pays d'accords visant à protéger les domestiques avec notamment l'instauration d'un salaire minimum de 400 dollars.

Mais la situation ne s'est pas améliorée et il y a toujours "des travailleurs domestiques payés entre 150 et 250 dollars par mois, et certains qui ne sont pas payés du tout", affirme Mario Antonio, responsable du centre d'hébergement qui accueille actuellement 75 personnes.

"Cette année, nous avons reçu ici plus de 952 (employées de maison) qui ont demandé notre aide. Plus de la moitié sont rentrées aux Philippines", ajoute-t-il.

Selon l'ambassade des Philippines en Jordanie, le Royaume hachémite accueille près de 30.000 travailleurs philippins.

Les travailleurs originaires du Sri Lanka, dont le nombre est estimé à 40.000 en Jordanie, sont aussi victimes de maltraitance.

Tous les mois "une centaine d'employés de maison" s'enfuient, estime I.L.H. Jameel, responsable du bureau du travail à l'ambassade Sri-lankaise.

"Un jour, une femme est arrivée ici après s'être échappée de la maison de son employeur. Le fils (de ce dernier) l'avait brûlée avec un fer à repasser. Une autre femme est venue en août après avoir été torturée par son employeur", raconte M. Jameel.

"Le nombre d'affaires mentionné est faible par rapport aux problèmes (en la matière) des autres pays (de la région). Et nous ne savons pas si tous ces cas sont avérés", minimise le secrétaire-général du ministère du travail, Hamadah Abou Nejmeh.

"Il n'y a pas d'instance particulière qui traite les plaintes pour maltraitance", déplore cependant Linda Kalash, de l'organisation Tamkeen pour l'aide juridique et la défense des droits de l'Homme.

"Toutes les lois doivent être revues et mises en application effectivement", ajoute-t-elle.

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