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19/12/2012 09:21 EST | Actualisé 18/02/2013 05:12 EST

L'opposition égyptienne, une unité inédite mais fragile face aux islamistes

L'opposition égyptienne affiche une unité inédite dans la crise que traverse le pays, mais sa fragilité et sa récente difficulté à mobiliser la pénalisent face au président islamiste Mohamed Morsi, en passe de réussir son pari de faire adopter une Constitution controversée.

Après la première phase le 15 décembre dans une moitié du pays, dont Le Caire, du référendum sur un projet de loi fondamentale rédigée par une commission dominée par les islamistes, le "oui" était en tête selon des chiffres officieux avec 57%.

En dépit de plus de trois semaines de manifestations rivales qui ont parfois dégénéré en violences meurtrières et laissé un pays profondément divisé, la Constitution devrait selon toute probabilité être adoptée après la seconde phase le 22 décembre.

Mardi, le Front du salut national (FSN), la nouvelle coalition de l'opposition, avait appelé à défiler contre le texte, sans mobiliser plus de 1.000 à 2.OOO personnes, très loin des foules rassemblées à plusieurs reprises ces dernières semaines.

L'organe du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ) de M. Morsi, issu de la puissante confrérie des Frères musulmans, a ironisé sur la faiblesse de la mobilisation en la baptisant "la manifestation de la reconnaissance de l'échec".

Khaled Dawoud, un porte-parole du FSN, a répliqué que "beaucoup de gens étaient occupés à faire campagne contre la Constitution". Les plus de 40% obtenus par le "non" le 15 décembre ont "prouvé que nous sommes présents, et avec force", a-t-il dit à l'AFP.

Même si le "oui" l'emporte au final, ces pourcentages "ne permettront pas d'accorder une victoire à un camp sur un autre. C'est une Constitution dans laquelle les femmes, les chrétiens et d'autres parties de la population ne se reconnaissent pas. C'est une recette pour plus d'instabilité", selon lui.

Le FSN, regroupant plusieurs forces politiques libérales et de gauche, a été formé quelques heures après l'annonce le 22 novembre par M. Morsi d'un décret par lequel il s'est arrogé des pouvoirs exceptionnels mais qu'il a dû retirer après des manifestations de masse du Front.

Le référendum a néanmoins été maintenu.

Pour l'analyste Issandr El Amrani, le FSN "est au mieux une direction provisoire, dont l'autorité sur les manifestants dans la rue est loin d'être un fait établi".

"Ses composantes reflètent en effet des forces politiques à l'histoire et aux orientations différentes, longtemps divisées sur les stratégies à suivre pour poser un défi à leur adversaire politique commun, les islamistes", dit-il dans une étude pour le European council on foreign relations.

Le coordinateur du FSN, Mohamed ElBaradei, a ainsi boycotté la présidentielle de mai-juin organisée sous un pouvoir militaire. Les deux autres figures de proue de la coalition, l'ex-chef de la Ligue arabe Amr Moussa et le nationaliste de gauche Hamdeen Sabbahi, se sont au contraire présentés. M. Sabbahi a même recueilli 20,7% des voix, en troisième position.

"ElBaradei n'est pas tant le meneur des manifestants dans la rue que quelqu'un qui surfe sur une vague de colère qu'il ne peut contrôler. Ses partenaires à la direction du FSN ne représentent pas non plus un corps signifiant de cadres organisés avec la capacité organisationnelle et les finances pour défier la machine politique des islamistes", selon M. El Amrani.

Mais pour Mustapha Kamel al-Sayyed, professeur en sciences politiques à l'Université du Caire, les forces de l'opposition ont au moins un dénominateur commun solide: leur "croyance en un Etat civil régi par la loi".

"Ce qui les unit, ce n'est pas seulement l'hostilité envers les Frères musulmans, c'est aussi l'opposition au type de société que veulent imposer les Frères" musulmans, a-t-il dit.

Tout en estimant qu'il est trop tôt pour évoquer une alliance électorale, plusieurs membres du FSN disent espérer que le Front restera en place pour contrer les islamistes.

Le premier test pourrait survenir rapidement: l'adoption de la Constitution doit être suivie dans les deux mois d'élections législatives.

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