NOUVELLES
19/12/2012 05:54 EST | Actualisé 18/02/2013 05:12 EST

Les Sud-Coréens élisent une femme à la présidence pour la première fois

SÉOUL, Corée du Sud - Park Geun-hye, fille d'un ancien dictateur sud-coréen, est devenue mercredi la première femme présidente de la Corée du Sud, une victoire historique qui pourrait marquer un nouveau tournant dans les relations avec la Corée du Nord.

Après cinq ans de tensions sous la présidence de l'impopulaire Lee-Myung-bak, Mme Park a promis un plus grand engagement envers le voisin communiste et davantage d'aide humanitaire, malgré le tir de roquette de la semaine dernière, condamné par la communauté internationale.

Les médias officiels de Pyongyang ont toutefois remis en question la sincérité de la politique nord-coréenne de Mme Park, puisqu'elle est issue du même parti conservateur que M. Lee.

Les Sud-Coréens ont été nombreux à se rendre aux urnes tout au long de la journée, bravant des températures glaciales pour choisir entre Park Geun-hye et le candidat libéral Moon Jae-in, fils d'un couple de réfugiés nord-coréens. Les candidats ont pris leurs distances avec les politiques du président sortant, et en particulier avec sa position sans compromis face à la Corée du Nord.

Le taux de participation a été le plus élevé depuis 15 ans, et certains analystes estimaient que cela pourrait favoriser M. Moon, surtout populaire chez les jeunes. Même si elle a recentré son discours durant la campagne, Park Geun-hye a bénéficié de l'appui de sa base conservatrice, principalement formée d'électeurs plus âgés qui se rappellent avec affection des politiques économiques et sécuritaires de son père, le défunt Park Chung-hee, qui a dirigé la Corée du Sud d'une main de fer pendant 18 ans avant d'être tué par son chef du renseignement en 1979.

Les relations entre les deux Corées se sont refroidies sous la présidence de Lee-Myung-bak. Plusieurs électeurs sud-coréens attribuent aux politiques de M. Lee les tests de missiles et les tests nucléaires menés par le régime nord-coréen, ainsi que les deux attaques de 2010 qui ont tué 50 Sud-Coréens.

Mme Park se dit ouverte au dialogue avec le Nord, mais elle demande aussi au régime de Pyongyang de montrer des progrès dans son désarmement nucléaire pour améliorer ses relations avec Séoul. La Corée du Nord qualifie la position de Mme Park de «décevante» et estime que ses politiques sont les mêmes que celles de M. Lee.

La présidente-élue a évoqué la possibilité d'une rencontre avec le président nord-coréen Kim Jong-un, mais seulement s'il s'agit d'un «dialogue honnête sur des dossiers d'intérêt commun».

Après que M. Moon eut concédé sa défaite, Mme Park a déclaré qu'elle se consacrerait à améliorer le bien-être public et l'unité nationale.

«Je vous remercie. Cette élection est la victoire du peuple», a dit Park Geun-hye à ses partisans réunis sur une place de Séoul.

Après le décompte d'environ 98 pour cent des bulletins de vote, Mme Park avait remporté 51,6 pour cent des voix, contre 47,9 pour cent pour M. Moon, selon la commission électorale. Park Geun-hye entrera en fonction en février, quand son prédécesseur terminera son mandat de cinq ans.

Aucune femme n'aurait dirigé la Corée depuis le 9e siècle. Mme Park deviendra ainsi la personne la plus puissante d'un pays où les femmes sont généralement moins payées que les hommes et confinées à des emplois peu valorisants, malgré leur longue scolarité, et où elles peinent à concilier leur carrière avec leurs responsabilités familiales.

Pour les analystes, sa victoire est une preuve que les femmes peuvent connaître le succès politique en Corée du Sud.

Mais Park Geun-hye reste toujours dans l'ombre de son père. Plusieurs Sud-Coréens âgés saluent les politiques économiques et la position ferme de son père face à la Corée du Nord, mais Park Chung-hee est également décrié pour le traitement cruel qu'il réservait à ses opposants.