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19/12/2012 11:57 EST | Actualisé 18/02/2013 05:12 EST

Entre show et sécurité, la difficile équation du freestyle

La Coupe du monde de skicross, qui faisait étape mercredi à Val Thorens, cherche à trouver la juste équation entre spectacle sportif et impératifs de sécurité, surtout depuis la mort en piste du Canadien Nick Zoricic qui a assombri le final de la dernière saison.

Dévaler à quatre skieurs une piste parsemée de sauts, de grosses bosses et de virages en dévers, dans une sorte de version neige du motocross, est par nature un sport à risque.

Mais la tragédie de Grindelwald, en Suisse, où le skieur canadien, propulsé à la sortie d'un saut à la droite de la ligne d'arrivée, s'était écrasé tête première dans les filets de sécurité, a incité à revoir les mesures préventives.

Depuis ce sombre rideau final sur la saison 2012, qui s'ajoutait à quelques accidents graves précédents, la Fédération a établi des lignes directrices pour la conception d'une épreuve de skicross, imposant notamment des zones de réceptions élargies pour chaque saut, ce qui n'était forcément pas prévu auparavant, et des dégagements tout le long de la piste en guise d'échappatoire pour un skieur qui se retrouverait en position délicate.

"On ne fait pas des pistes pour que les skieurs se tuent. A partir du moment où on pense que quelque chose peut arriver, on met tout en oeuvre pour faire en sorte que cela n'arrive pas", insiste Joël Franitch, N.2 du skicross à la FIS.

S'il n'hésite pas à faire démonter un canon à neige trop près à son goût de la piste, il pointe le fait que "la piste ne peut pas être sécurisée à 360 degrés, ou alors il faut faire des courses en intérieur avec des matelas gonflables installés partout".

Comme sur la route, les athlètes ont selon lui des responsabilités: "Si en F1, le pilote essaie de doubler l'autre au volant d'une voiture de 2 m de large, et qu'il n'y a qu'un espace de 1,5 m, on peut avoir pris toutes les mesures de sécurité, cela ne passe pas et c'est au pilote de gérer sa machine."

Des stars du circuit déplorent que le skicross s'éloigne de plus en plus de l'esprit du motocross et au lieu de mouvements de terrain en paraboles, tend à truffer les parcours de modules édulcorés.

A Val Thorens, Ophélie David, la Française aux sept globes de cristal, espérait un genre de "Luna Park" vu le potentiel de la plus haute station d'Europe, mais était déçue d'y trouver "une piste pour les touristes".

"Une piste de bébé" même aux yeux de la Suissesse Fanny Smith, qui s'y est imposée: "C'est bon pour l'école de ski, mais nous, on est quand même des professionnels !"

Les deux meilleures skieuses au classement général de la Coupe du monde jugent qu'on se trompe de cible en réduisant la taille des modules. Car la vitesse est bien plus élevée, selon elles, quand la bataille se fait sur des petits tremplins qui les propulsent vers l'avant.

"Dans la conception de la piste, on doit prendre en compte le leader de la Coupe du monde masculine mais aussi la moins bonne des filles, qui va descendre à 15 km/h moins vite. La distance de réception ne sera pas la même", souligne Joël Franitch. "C'est une équation avec de telles composantes qu'au final nous sommes obligés de sacrifier certaines choses, et de faire parfois moins show, pour que cela soit moins chaud, niveau sécurité."

stp/bvo