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19/12/2012 05:04 EST | Actualisé 17/02/2013 05:12 EST

Chypre navigue à vue en attendant l'aide de la troïka

Chypre a dû puiser dans les fonds de pension d'organismes publics pour payer les salaires de décembre, naviguant à vue dans l'attente fébrile d'une aide internationale cruciale pour renflouer ses banques et ses finances publiques.

"Le gouvernement vit au jour le jour et continuera ainsi jusqu'à ce que l'argent des donateurs internationaux arrive, mais il reste le risque que tout s'effondre", estime l'analyste Fiona Mullen.

Chypre, qui exerce la présidence tournante de l'Union européenne jusqu'à fin décembre, a demandé une aide européenne en juin, après que ses deux principales banques, très exposées à la crise grecque, ont appelé le gouvernement à l'aide car elles ne parvenaient pas à répondre aux exigences de solvabilité de l'UE.

La troïka, rassemblant l'UE, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, doit faire ses recommandations sur la demande d'aide chypriote le 21 janvier à l'Eurogroupe.

Une fois l'aide validée, il faudra cependant attendre plusieurs semaines avant que l'île méditerranéenne ne reçoive ses premiers versements. D'ici là, il faudra donc trouver des fonds ailleurs.

Un responsable du ministère des Finances a averti lundi devant le Parlement que l'Etat ne pourrait honorer les salaires de décembre à moins qu'il n'obtienne rapidement un prêt de 250 millions d'euros des organismes publics.

L'annonce a suscité les protestations des employés de ces organismes qui craignent que si jamais les fonds de pension sont utilisés pour acheter des bonds du Trésor, ils ne revoient jamais l'argent prêté à l'Etat.

Le gouvernement a cependant fini par obtenir quelque 250 millions d'euros auprès des compagnies des Télécommunications et de l'Electricité et de l'Autorité portuaire, et le ministère des Finances a assuré qu'il n'y aurait "pas de possibilité de défaut de paiement".

Pour l'économiste Costas Apostolides, les employés du secteur public n'ont pas eu d'autre choix que de finalement accepter la demande du gouvernement dans la mesure où celui-ci avait repoussé les tentatives de la troïka de privatiser les organismes publics, aux "fonds énormes" selon lui.

"Les employés ne veulent pas être privatisés, ils ont donc soutenu le gouvernement qui a appuyé leurs vues, et il y a eu accord", a expliqué M. Apostolides à l'AFP.

"Le gouvernement a été forcé d'avoir recours à des moyens peu orthodoxes pour faire face à ses dépenses quotidiennes", estime Mme Mullen.

Selon elle, si Nicosie se trouve aujourd'hui dans une situation difficile, c'est parce que le gouvernement a été réticent à appeler au secours plus tôt et a reporté ses demandes d'aide internationale, espérant pouvoir emprunter ailleurs.

Chypre, dont l'ensemble des besoins dépasserait les 17 milliards d'euros, a adopté une série de mesures d'austérité pour réduire ses dépenses à la demande de la troïka. Ce programme d'économies sur quatre ans représente 7,25% du Produit intérieur brut.

Le Parlement a notamment approuvé des diminutions de salaires dans la fonction publique allant jusqu'à 15,5%. Les prestations sociales ont également été revues à la baisse, tandis que les taxes sur les cigarettes, l'alcool et l'essence ont été augmentées.

Des mesures qui s'inscrivent dans un contexte économique très mauvais avec un chômage qui devrait atteindre les taux records de 13,8% en 2013 et un PIB qui devrait reculer de 3,5% l'année prochaine d'après des chiffres officiels.

Signe de l'ampleur de la crise, dans les rues commerçantes du centre de Nicosie, des dizaines de boutiques ont baissé leur rideau ces derniers mois. Par ailleurs, la plus grande chaîne de supermarchés du pays, Orphanides, a annoncé la semaine dernière avoir été placée sous séquestre.

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