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18/12/2012 04:16 EST | Actualisé 16/02/2013 05:12 EST

Yémen: désolation à Zinjibar, 6 mois après sa reprise à Al-Qaïda

Des maisons en ruine, des façades éventrées par des obus, une population vivant dans la peur: Zinjibar, dans le sud du Yémen, offre un spectacle de désolation six mois après sa reconquête par l'armée sur Al-Qaïda qui en avait fait un émirat islamique.

"En l'absence de l'Etat, nous contrôlons actuellement Zinjibar, que nous protégeons et défendons", dit un jeune homme en armes, qui tient l'un des multiples points de contrôle sur la principale rue de la ville.

Comme lui, ils sont 300 membres des comités de la résistance populaire, ces supplétifs de l'armée qui font la police à Zinjibar, chef-lieu de la province d'Abyane, depuis sa reconquête en juin par l'armée.

Les Partisans de la Charia (loi islamique), appellation sous laquelle opère Al-Qaïda dans le sud du Yémen, avaient pris le contrôle de la ville pendant un an, profitant de l'affaiblissement de l'Etat dû à la contestation contre l'ancien président Ali Abdallah Saleh.

La plupart des quelque 90.000 habitants, qui avaient fui les combats pour se réfugier dans les provinces voisines, notamment Aden et Lahj, ont découvert l'horreur en revenant dans leur ville.

"Nous avons retrouvé notre maison en ruines, complètement démolie", raconte à l'AFP Mansour Abdallah Haïthem, qui a dû aller squatter, avec les sept membres de sa famille une salle de classe du lycée technique de Zinjibar.

"Nous sommes toujours des déplacés, mais dans notre propre ville", constate Mansour, qui se plaint que "le gouvernement s'est contenté de recenser les dégâts" dans son quartier, théâtre d'âpres combats entre les insurgés et l'armée, épaulée par les comités de résistance.

Plus loin, une école témoigne de l'impact des destructions: "A notre retour d'Aden, nous avons essayé de regrouper les élèves de quatre écoles détruites dans les huit classes encore debout dans mon établissement", explique Samira Salem Awadh, directrice de l'école Khadija.

"Les cours du matin sont réservés aux filles, ceux de l'après-midi aux garçons", précise-t-elle.

Mais le sentiment d'insécurité persiste parmi la population. "Il n'y a pas de sécurité à Zinjibar. Nous nous inquiétons beaucoup car l'Etat est absent", dit Oum Monia, une mère de famille venue chercher sa fille à la sortie des cours.

"Le citoyen ne se sent pas en sécurité (...) Le ministère de l'Intérieur n'a pas joué son rôle malgré nos appels répétés", déplore le maire de Zinjibar, Jamil al-Aqel.

"Le maintien de l'ordre est important pour que les autres structures de l'Etat puissent à nouveau fonctionner dans la ville", ajoute-t-il.

Avec l'aide des comités de résistance populaire, "payés par le ministère de la Défense", la mairie a pu rétablir les services publics de base (électricité, eau, téléphone) et accueillir les familles ayant perdu leur maison dans des établissements publics ou des camps, souligne-t-il.

"Al-Qaïda est fini à jamais à Abyane. Je ne crois pas à un retour du réseau, qui peut perpétrer des attentats mais pas avec l'ampleur de l'année dernière", dit le maire.

Mais la psychose d'Al-Qaïda hante toujours les esprits.

"Al-Qaïda a détruit ma vie", raconte Khaled Abdel Aziz Saïd, 32 ans, dont la main droite a été amputée par le réseau extrémiste qui appliquait la charia.

Le jeune homme, l'un des rares habitants restés à Zinjibar sous le règne d'Al-Qaïda, a été arrêté et accusé "de vol et d'espionnage".

"On m'a conduit cinq jours plus tard dans un lieu d'amputation où on m'a anesthésié, et puis plus rien", raconte-t-il. "A mon réveil, j'ai découvert que je n'avais plus ma main. J'ai hurlé de douleur".

"Désormais, je suis handicapé, je ne peux plus travailler", dit le jeune homme, encore sous le choc.

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