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18/12/2012 10:38 EST | Actualisé 17/02/2013 05:12 EST

La Cour pénale internationale innocente un milicien congolais

LA HAYE, Pays-Bas - La Cour pénale internationale (CPI) a acquitté mardi le leader d'une milice congolaise d'avoir dirigé les hommes qui ont détruit un village de l'est du Congo en 2003, violant et massacrant quelque 200 personnes, dont des enfants.

C'était seulement le deuxième verdict rendu par la CPI depuis sa création il y a 10 ans, et son tout premier verdict d'acquittement. Mathieu Ngudjolo était accusé de viol, de meurtre et de pillage.

Plus tôt cette année, la CPI avait condamné le leader rebelle congolais Thomas Lubanga à 14 ans de prison pour avoir eu recours à des enfants-soldats.

Le tribunal a déposé des accusations contre des leaders nettement plus importants que M. Ngudjolo, notamment le président soudanais Omar al-Bachir — qui refuse de se rendre — et l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, qui est détenu à La Haye en attendant un éventuel procès.

Le verdict de mardi met en lumière les difficultés que rencontrent les procureurs du CPI quand vient le temps de récolter des preuves concernant des crimes commis à des milliers de kilomètres de distance.

Les juges ont expliqué que les témoignages de trois des principaux témoins à charge étaient peu fiables et qu'il était impossible de prouver hors de tout doute que M. Ngudjolo avait dirigé l'attaque contre le village de Bogoro.

Eric Witte, un expert du droit international de la Open Society Justice Initiative, a estimé que le jugement enverra «un message inquiétant concernant la qualité des dossiers du CPI».

Il a ajouté que la procureure Fatou Bensouda voudra peut-être maintenant réviser sa stratégie.

«De multiples échecs de la poursuite pourraient miner les appuis envers l'institution de la CPI», a prévenu M. Witte.

Des organisations de défense des droits de la personne ont immédiatement demandé au tribunal d'expliquer le verdict aux victimes et aux survivants du massacre, et d'améliorer ses techniques d'enquête.

«L'acquittement de Ngudjolo prive de justice les victimes de Bogoro et d'autres massacres commis par ses hommes, a dit Géraldine Mattioli-Zeltner, du groupe new-yorkais Human Rights Watch. Les procureurs du CPI doivent renforcer leurs enquêtes.»

Les juges ont ordonné la libération immédiate de M. Ngudjolo. Mme Bensouda s'y est toutefois opposée, annonçant son intention de porter le verdict en appel et craignant que M. Ngudjolo ne se volatilise.