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17/12/2012 03:31 EST | Actualisé 16/02/2013 05:12 EST

Rapport sur Pickton: des préjugés défavorables ont mené à des erreurs policières

VANCOUVER - Des préjugés défavorables à l'endroit des personnes pauvres et des travailleuses du sexe du quartier Downtown Eastside de Vancouver ont entraîné des failles dans le travail policier, et ces erreurs ont ensuite permis au tueur en série Robert Pickton de traquer ses victimes sans être embêté par les autorités, conclut un rapport déposé lundi.

Au terme d'une enquête publique, le commissaire Wally Oppal a remis un document de 1448 pages qui passe en revue le travail de la police de Vancouver et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à Port Coquitlam.

L'imposant document relève de nombreux problèmes au sein des deux services, et il semble que cela a permis à Pickton d'attirer des dizaines de femmes sur sa ferme de Port Coquitlam dans une relative impunité, sous le nez de la police et de la population.

Si certains problèmes sont structurels — notamment le manque de coopération entre les policiers de Vancouver et ceux de la GRC —, d'autres révèlent des problématiques plus insidieuses, et plus difficiles à régler.

Le rapport indique clairement que le choix des victimes de Pickton a contribué à la réticence des policiers à prendre le dossier au sérieux. Ses victimes étaient souvent pauvres et aux prises avec des problèmes de toxicomanie, et plusieurs d'entre elles étaient autochtones.

L'enquête conclut que si Pickton avait choisi d'agresser des femmes d'un quartier riche de Vancouver, la réponse des autorités aurait été tout autre.

«Je conclus à des préjugés défavorables généralisés de la part des policiers en lien avec les enquêtes sur les femmes disparues», écrit M. Oppal dans le rapport.

«Ces préjugés défavorables ont fait en sorte que la stigmatisation des femmes de la rue [du quartier Downtown Eastside] a eu un impact négatif sur les enquêtes à propos des femmes disparues. Ainsi, les stratégies policières n'ont pas tenu compte des vies de ces femmes, plus particulièrement quand les policiers n'ont pas rempli leur devoir de protéger un segment de notre société qui est en danger.

«On n'a pas su non plus s'attaquer en priorité, et avec efficacité, à ces cas de disparition de femmes», lit-on dans le rapport.

M. Oppal ajoute que ces préjugés défavorables ont été aggravés par un manque de leadership au sein de la police de Vancouver et de la GRC. Le commissaire précise cependant que les effets du préjugé défavorable n'étaient pas intentionnels, et qu'ils ont mené à des failles systémiques plutôt qu'à une décision consciente d'ignorer les femmes disparues de Vancouver.

Pickton a été arrêté en 2002, puis condamné en 2007 à la prison à vie pour les meurtres de six femmes, même si la police a retracé l'ADN de 33 femmes sur sa propriété de Port Coquitlam, à une vingtaine de kilomètres à l'est de Vancouver. Il avait déjà avoué à un agent double qu'il avait assassiné 49 femmes.

La commission présidée par M. Oppal a entendu 80 témoins sur une période de huit mois, dont des policiers et des ex-policiers, des procureurs de la Couronne, des travailleuses du sexe, des universitaires et des proches des femmes disparues. Cette commission avait été mise sur pied dans le but d'examiner les raisons pour lesquelles la police de Vancouver et la GRC n'avaient pas arrêté Pickton avant février 2002, malgré des preuves recueillies des années plus tôt le liant à la disparition de travailleuses du sexe de Vancouver.

On avait aussi demandé à M. Oppal de se pencher sur la décision de la Couronne de ne pas poursuivre Pickton pour une tentative de meurtre à la suite de l'agression brutale d'une travailleuse du sexe de Vancouver en 1997. Après la suspension de cette accusation, 19 autres femmes sont disparues.

Parce que le gouvernement provincial a décidé de ne pas soutenir financièrement certains groupes qui avaient obtenu le statut de participant à la commission, plusieurs d'entre eux ont boycotté le processus, faute de moyens pour payer un avocat.

Les audiences auront permis au commissaire Oppal de formuler 63 recommandations, notamment la mise en place de mesures visant à s'assurer que les policiers comprennent le mode de vie des femmes pauvres du quartier Downtown Eastside de Vancouver, l'augmentation des services pour les travailleurs de l'industrie du sexe, et une collaboration accrue entre les corps de police voisins.

Le commissaire suggère également que le gouvernement de la Colombie-Britannique nomme un aîné autochtone afin qu'il supervise l'application des recommandations et qu'il participe à la rédaction d'excuses officielles afin d'engager le processus de réconciliation avec les familles et la communauté.

Le rapport ne manquera probablement pas d'alimenter le scepticisme des détracteurs de la commission, qui ont déjà dénoncé l'attention pointue que l'enquête a porté sur les policiers, et moins sur les femmes en position de vulnérabilité.