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17/12/2012 09:19 EST | Actualisé 16/02/2013 05:12 EST

Le vice-président syrien admet que l'armée ne pourra vaincre les rebelles

BEYROUTH - Le vice-président syrien a admis lundi que l'armée ne pourrait vaincre les forces rebelles qui tentent de renverser le régime et a appelé à un règlement négocié pour sauver le pays de la ruine.

Ces rares commentaires candides de Farouk al-Sharaa, un collaborateur de longue date du président syrien Bachar el-Assad, laissent penser que le régime cherche une stratégie de sortie au moment où les rebelles s'approchent de la capitale, Damas. M. Al-Sharaa a fait cette déclaration dans une entrevue publiée lundi par le journal libanais «Al-Akhbar».

«Je ne pense pas que ce que font les forces de sécurité et les unités de l'armée mènera à une victoire définitive», a dit M. Al-Sharaa lors de l'entrevue réalisée à Damas.

«Seules ces forces de l'opposition peuvent conclure la bataille pour renverser le régime si leur objectif est de pousser le pays dans le chaos et dans un cycle de violences sans fin», a-t-il ajouté.

Farouk al-Sharaa souhaite un règlement politique négocié qui comprendrait la formation d'un gouvernement d'unité nationale aux pouvoirs élargis.

Ses commentaires surviennent après la présentation, dimanche, d'un plan de paix pour la Syrie par des responsables iraniens. Ce plan se conclurait par des élections qui mèneraient probablement à l'arrivée d'un nouveau dirigeant à Damas.

L'Iran est le principal partenaire du régime de Bachar el-Assad et probablement son seul allié dans la région, et cette initiative suggère que les liens entre Téhéran et Damas pourraient être en train de se refroidir.

L'initiative, que les rebelles syriens vont probablement rejeter, est l'un des signes les plus clairs que l'Iran tente de replacer ses cartes et de maintenir sa présence en Syrie si le président El-Assad devait être renversé.

On ne sait pas si les commentaires de M. Al-Sharaa ont été diffusés pour coïncider avec l'initiative iranienne.

Les rebelles syriens ont fait des avancées tactiques considérables au cours des dernières semaines, capturant des bases aériennes et des installations militaires près d'Alep, la plus grande ville de Syrie, et dans la capitale. Dimanche, une faction islamiste a pris une base de l'infanterie à Alep, en faisant la deuxième base capturée par les rebelles en une semaine dans la région.

Farouk al-Sharaa, âgé de 73 ans, est un fidèle de longue date de la famille El-Assad, mais il représente une personnalité controversée depuis le début du soulèvement en Syrie. Il est apparu en public à la fin du mois d'août après une absence de plusieurs semaines, mettant un terme aux rumeurs voulant qu'il ait fait défection.

Dès le début du soulèvement, le président syrien avait nommé M. Al-Sharaa, un diplomate expérimenté, pour ouvrir un dialogue avec l'opposition. Mais son silence depuis le début de la crise alimente les rumeurs selon lesquelles il aurait pris ses distances avec le régime.

Ses commentaires de lundi laissent croire qu'il a peut-être été chargé par le régime d'ouvrir la voie à un règlement politique du conflit.

En octobre, les dirigeants turcs avaient semblé promouvoir la candidature de Farouk al-Sharaa comme dirigeant d'un éventuel gouvernement de transition pour mettre fin à la crise en Syrie.

«Personne ne connaît mieux le système que Farouk al-Sharaa», avait déclaré à l'époque le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, en soulignant que le vice-président syrien n'avait pas été impliqué dans les violences et les massacres.