NOUVELLES
17/12/2012 06:29 EST | Actualisé 16/02/2013 05:12 EST

La prise d'une importante école militaire a un goût amer pour les rebelles

La prise d'une vaste école d'infanterie dans le nord de la Syrie est une nouvelle victoire pour les rebelles mais elle a un goût amer: ils y ont perdu un commandant respecté pour son sens tactique et qu'ils considéraient comme un véritable père.

Le colonel Youssef al-Jader, ou Abou Fourat pour les rebelles, un déserteur devenu l'un des dirigeants de Liwa al-Tawhid, l'une des principales brigades rebelles d'Alep (nord), est mort samedi dans un assaut qui a coûté la vie à des dizaines de combattants, soldats ou rebelles.

L'armée s'est complètement retirée du site dimanche, mais les troupes restaient massées sur des barrages à proximité, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une organisation basée au Royaume-Uni s'appuyant sur un vaste réseau de militants et de sources médicales civiles et militaires.

Pour les rebelles, la prise de l'école est un nouveau succès après celui remporté une semaine plus tôt sur la grande base militaire d'Abou Souleimane, même si elle avait été le fait des jihadistes du Front al-Nosra, désormais considéré par Washington comme une organisation terroriste.

"Nous sommes fiers quand un soldat tombe pour une bataille victorieuse", explique à l'AFP Moustafa Maraï, un combattant rebelle de 26 ans rencontré à environ un kilomètre de la base.

"Mais si j'avais eu le choix, j'aurais préféré qu'Abou Fourat soit toujours en vie", explique le jeune homme. "Il transformait toute opération en succès, c'est difficile de trouver quelqu'un comme lui", poursuit-il.

A l'entrée de l'école d'infanterie, à une dizaine de kilomètres au nord d'Alep, des douilles tapissent le sol maculé de sang. La façade et les barricades qui avaient été érigées par les soldats sont criblée de balles. Voitures calcinées, cratères d'obus de mortier: la bataille a été féroce.

Cette école "est un point stratégique car de là, ils bombardaient des localités comme Maara ou Azaz", explique Abou Yezen, un responsable rebelle sur place.

La brigade Liwa al-Tawhid a confirmé samedi la mort d'Abou Farat, tué selon un responsable par un tir de char. Au total, au moins 23 autres combattants rebelles et 20 membres des forces du régime ont été tués le même jour, selon l'OSDH.

Avant la crise, Abou Fourat dirigeant une brigade de blindés de l'armée syrienne. Il a fait défection après avoir mis sa femme et ses enfants à l'abri, et avait rejoint la rébellion, où cet homme avenant et intelligent était très apprécié.

Montant en première ligne sur les fronts les plus dangereux d'Alep, en particulier ceux de Salaheddine et de Seif al-Dawla, il était également en charge des opérations militaires au sein de sa brigade, liée aux Frères musulmans.

"La nouvelle a été terrible pour nous", raconte Hafidh Ibrahim, un responsable de Liwa al-Tawhid, au QG de la brigade à Alep. "Nous avons perdu un très grand esprit militaire", poursuit-il.

Evoquant deux autres gradés morts dans la bataille pour l'académie militaire, il souligne que "ces responsables militaires étaient toujours sur le terrain, ils avaient une grande expérience et ont formé beaucoup de combattants".

"Abou Fourat était comme un père pour nous soldats", se souvient Abdullah Kirz, qui a combattu plusieurs fois à ses côtés. "Quand l'un d'entre nous se sentait triste, il nous remontait le moral. Il était un symbole pour nous tous. J'ai l'impression d'avoir perdu une partie de moi-même".

psr-str/sw/fc