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17/12/2012 01:23 EST | Actualisé 16/02/2013 05:12 EST

La lutte contre le paludisme ralentit; les objectifs de l'OMS jugés irréalistes

LONDRES - La lutte contre le paludisme ralentit en même temps que les efforts déployés pour combattre la maladie, mais les responsables de la santé publique refusent d'abandonner leur objectif d'éliminer tous les décès liés à cette maladie d'ici 2015.

Les symptômes du paludisme incluent de la fièvre, des frissons et des nausées. La maladie, qui touche surtout des enfants africains âgés de moins de 5 ans, peut se révéler mortelle si elle n'est pas traitée à temps.

Quelque 145 millions de moustiquaires pour le lit avaient été distribués en Afrique en 2010 pour protéger les gens des moustiques qui transmettent le paludisme. Ce nombre a chuté à environ 66 millions l'an dernier. Le nombre de maisons africaines traitées aux pesticides plafonne aussi, tout comme les efforts pour traiter les femmes enceintes, qui représentent l'un des groupes les plus à risques.

Même si le taux de mortalité associé au paludisme a chuté du quart depuis 2000, les responsables préviennent que les futures améliorations sont maintenant en péril.

«Nous devons agir avec urgence et détermination pour empêcher ces progrès incroyables de nous échapper», a prévenu la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la docteure Margaret Chan, dans un rapport publié lundi.

L'OMS pointe du doigt la baisse des contributions internationales et affirme que les 2,3 milliards $ US investis dans des programmes de lutte contre le paludisme en 2011 représentent moins de la moitié du montant nécessaire.

L'agence onusienne a recensé 219 millions de cas de paludisme et 660 000 décès en 2010. Mais ces chiffres sont tirés de données fournies par des pays qui ne représentent que 15 pour cent des cas mondiaux. On ne dispose d'aucune donnée fiable provenant de pays comme la République démocratique du Congo et le Nigeria, qui représentent 40 pour cent du total des décès attribués à cette maladie.

L'OMS a reconnu que ses chiffres sont entourés d'une «bonne dose d'incertitude».

«Il y a plusieurs angles morts dans la surveillance», a dit Jorgen Stassins, un conseiller en matière de paludisme pour Médecins sans frontières, qui n'a pas collaboré à ce rapport. Il croit que la lutte contre le paludisme souffre de la crise financière et de la priorité accordée à d'autres campagnes de santé publique par les donateurs.

«Dans une bonne partie de nos travaux sur le terrain, nous ne constatons pas de recul du paludisme», a dit M. Stassins, en évoquant des cliniques au Congo, au Niger et en Sierra Leone.

Certains ont estimé que le ralentissement des progrès n'avait rien d'étonnant.

«Une maladie est toujours plus difficile à combattre aux niveaux inférieurs», explique Richard Tren, directeur de l'organisme Africa Fighting Malaria. Il souligne que des efforts antérieurs de lutte contre paludisme ont rebondi après quelques années et a conseillé aux responsables de dépenser leurs fonds plus sagement.

Il estime qu'un programme de 460 millions $ US dirigé par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme aurait dû être abandonné parce que rien ne démontre que l'initiative — qui a inondé le marché de médicaments contre le paludisme — est parvenue à réduire le nombre de cas, puisqu'on ne sait pas à qui les médicaments ont été distribués.

Le programme a été renouvelé par le Fonds mondial le mois dernier.

M. Tren doute que les responsables atteignent leur objectif d'un nombre de décès attribuables au paludisme «presque nul» en 2015. «Je ne pense pas que ce soit atteignable ou mesurable», a-t-il dit.

L'OMS et ses partenaires ont déjà échoué à réduire de moitié l'incidence des cas de paludisme avant 2010, et les efforts précédents d'éradication de la maladie ont tous été des échecs.

«Je comprends qu'ils veuillent établir ces objectifs à des fins politiques, mais ils ne sont pas réalistes et ça mine leur crédibilité», a estimé M. Tren.