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17/12/2012 04:34 EST | Actualisé 15/02/2013 05:12 EST

Femmes disparues : le commissaire Oppal fait 63 recommandations

Dans son rapport final intitulé « Abandonnées », le commissaire Wally Oppal soutient que la police a commis des erreurs tout au long de son processus d'enquête dans l'affaire des femmes disparues.

Le commissaire Wally Oppal a fait une longue présentation de son rapport final sur les femmes disparues intitulées « Abandonnées », lundi à Vancouver.

Il a expliqué qu'il avait choisi le titre de son rapport parce que les femmes vulnérables avaient été abandonnées deux fois : par la société, puis par la police.

Il a vivement critiqué le travail de la police et a conclu que le travail de la police de Vancouver et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a été gâché. Il note que les erreurs ont commencé dès le moment où les membres des familles ont rapporté les disparitions et se sont perpétuées tout au long du traitement des dossiers.

Le commissaire Oppal soutient également que la coopération entre la police de Vancouver, la GRC et, plus tard, l'unité commune chargée des disparitions a été un échec.

Il souligne que personne n'a assumé la direction du dossier et que cela a été une erreur.

Wally Oppal ajoute que la police n'a pas bien géré les indices qu'elle recevait, n'a pas assez consulté les familles et la communauté et qu'il y a eu des retards inacceptables dans le traitement des dossiers.

Parmi les recommandations spécifiques du rapport, on retrouve :

  • la création d'une force de police régionale,
  • la création de postes de travailleurs sociaux spécialisés pour travailler avec les personnes à risque et les Autochtones du quartier Downtown Eastside de Vancouver,
  • le financement continu des centres d'urgence qui accueillent les prostituées,
  • l'amélioration de la formation des policiers,
    de meilleurs transports publics le long de la route 16, connue sous le nom de la route des larmes.

Nombreuses interruptions

Lors de sa présentation qui a duré près d'une heure, le commissaire Oppal a été interrompu à plusieurs reprises, une première fois par des chants autochtones, puis par des interjections et des commentaires des membres des familles des victimes et d'autres groupes d'intérêt qui se trouvaient dans la salle.

Il a été applaudi quand il a fustigé le travail des policiers.

Par contre, il a été hué quand il a affirmé que tous avaient eu la chance de se faire entendre par la commission.

Victoria réagit au rapport de la commission Oppal

Visiblement émue, la ministre de la Justice et procureure générale de la Colombie-Britannique, Shirley Bond, a déclaré que son gouvernement allait immédiatement donner suite à la suggestion du commissaire Oppal de nommer un « champion » qui aura pour mandat d'agir comme consultant pour la province sur le suivi à donner aux recommandations du rapport final.

L'ancien lieutenant gouverneur de la province et ancien chef élu de la Première Nation Skow Kale, Steven Point, a été choisi et présidera un nouveau comité consultatif sur la sécurité des femmes vulnérables. Les travaux de ce comité devraient durer un an.

D'autre part, questionnée par un journaliste, Shirley Bond a déclaré que son gouvernement était ouvert à l'idée d'une force policière régionale.

Elle a d'ailleurs noté que le moment était opportun puisque Victoria se penchait actuellement sur d'autres moyens d'assurer les services de police offerts par la GRC.

La procureure générale a ajouté que le contrat de 20 ans signé récemment avec la GRC comprenait une clause de désengagement à laquelle le gouvernement pourrait faire appel en cas de besoin.

La ministre Bond a également annoncé qu'entre temps, 750 000 $ seront versés au centre d'accueil Wish pour lui permettre de prolonger ses heures d'ouverture. Ce centre géré par des femmes offre un refuge et divers services aux prostituées de Vancouver.

Finalement, la ministre a annoncé que le ministère des Transports développait actuellement un plan de consultation pour répondre à la recommandation du commissaire Oppal d'offrir des moyens de transport sécuritaires sur la route 16. Il y a eu de nombreuses disparitions sur cette route connue comme « la route des larmes », dans le nord de la province.

Le rapport déçoit la communauté

La présidente de la marche du 14 février en mémoire des femmes disparues, Marlene George, a déclaré qu'elle était déçue du rapport Oppal, car rien n'avait changé pour les femmes vulnérables.

Elle a réitéré la demande de plusieurs groupes pour une enquête publique nationale sur la disparition et le meurtre de femmes autochtones au pays.

D'autre part, Marlene George a noté que malgré tout le respect qu'elle a pour l'ancien lieutenant-gouverneur Steven Point, ce dernier a été nommé « champion » de la province pour assurer le suivi des recommandations sans que les familles ou la communauté soient consultées.

Finalement, elle espère que les recommandations contenues dans le rapport ne seront pas oubliées s'il y a un changement de gouvernement en mai prochain.

La police de Vancouver réagit

Dans un communiqué, le chef du service de police de Vancouver, Jim Chu, affirme que la police de Vancouver regrette tout ce qu'elle aurait pu faire qui pourrait avoir retardé l'arrestation de Robert Pickton.

Il a ajouté que son service de police allait étudier attentivement le rapport du commissaire Oppal avant d'émettre d'autres commentaires.

Jim Chu a toutefois ajouté que la police de Vancouver avait été heureuse de constater que le rapport faisait des recommandations qu'elle a déjà adoptées. Parmi ces mesures, il cite la restructuration intégrale de l'unité responsable des personnes disparues et des programmes d'intervention directe.

Pour sa part, le sous-commissaire Craig Callens, commandant de la GRC en Colombie-Britannique a également déclaré qu'il allait étudier le rapport avant de faire plus de commentaires.

Il a toutefois ajouté que la GRC était prête à travailler avec la province et la communauté pour effectuer les changements qui doivent être implantés à la lumière des recommandations du rapport Oppal.

Synopsis du rapport final de la commission Oppal sur les femmes disparues.