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16/12/2012 06:05 EST | Actualisé 15/02/2013 05:12 EST

Soudan: le chef de l'opposition, libéré, assure que le gouvernement a "peur"

Farouk Abou Issa, chef de l'alliance de l'opposition soudanaise, a été libéré samedi après deux jours de détention et a affirmé dimanche à l'AFP que la peur des autorités de Khartoum face à la montée du mécontentement était à l'origine de son arrestation.

"Ils ont peur parce que le pays est vraiment en crise. Ils ont peur que je sois à la tête de l'opposition, et ils ont peur que l'opposition se lance" dans l'action, a déclaré M. Issa, qui représente plus d'une vingtaine de partis d'opposition.

"Tous les Soudanais sont contre le régime", a-t-il affirmé. "Le régime est isolé, ils gouvernent le pays à travers les forces de sécurité".

Le chef de l'opposition a assuré avoir été détenu pendant deux jours par les services du renseignement et par ceux de la sécurité, après avoir prononcé un discours "enflammé" en hommage à quatre étudiants darfouris morts à la suite d'une manifestation contre les frais d'inscription le 7 décembre.

Pour M. Issa, les milices islamistes pro-gouvernementales sont responsables de la mort des étudiants: "Je les ai accusées d'avoir tué ces garçons". Mais lors de sa détention, les agents ont peu évoqué son discours, et n'ont d'ailleurs pas mené de réel interrogatoire, a-t-il ajouté.

A chaque fois, il est resté assis de 7 à 10 heures dans une pièce "sans que personne ne me parle ni ne m'interroge", a-t-il dit. "Ils m'ont demandé de revenir ce matin mais j'ai refusé. Je leur ai dit de me conduire devant le juge s'ils avaient un motif d'inculpation".

M. Issa a répété que son alliance, qui comprend tous les principaux partis soudanais à l'exception du parti du Congrès national (PCN, au pouvoir), était favorable à des changements obtenus par des moyens pacifiques comme les grèves et les manifestations, tout en reconnaissant que ces actions restaient rares.

"Je pense que vous allez en voir plus dans les semaines à venir", a cependant promis le chef de l'opposition, assurant que la peur inspirée par les forces de sécurité allait fondre face à l'aggravation de la situation économique.

Il y a une semaine, le décès des quatre étudiants de l'université de Gezira, au sud de Khartoum, a provoqué un nouveau mouvement de contestation sur les campus de la capitale, rappelant les manifestations parfois violentes qui avaient éclaté en juin et en juillet contre l'inflation et contre le régime.

Les étudiants originaires du Darfour exigent l'application des clauses de l'accord de paix de 2011 prévoyant une exemption des frais d'inscription pendant cinq ans dans les universités publiques pour les enfants des familles déplacées pendant le conflit.

it/fc/cco