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15/12/2012 08:19 EST | Actualisé 14/02/2013 05:12 EST

En Egypte, Alexandrie se rend aux urnes mais redoute des violences

Quelques gravats, des graffitis et une forte tension: au lendemain de heurts qui ont fait une quinzaine de blessés, les pro et anti-projet de Constitution égyptien votaient samedi dans le calme à Alexandrie mais redoutaient une reprise des violences.

Face à la mosquée Qaïd Ibrahim, à une cinquantaine de mètres de la mer Méditerranée, seuls quelques cailloux témoignent des violences de vendredi soir. Les carcasses de voitures brûlées ont été retirées après les accrochages au cours desquels la police a dû intervenir avec des tirs de gaz lacrymogène.

"Nous sommes opposés à la Constitution. Nous étions là (à la mosquée) quand l'agression a eu lieu" la veille, raconte Hamed el-Lethi.

"L'imam El-Mahallaoui a commencé à insulter les partisans du 'non' et en sortant, des salafistes nous ont attaqués à coups de cocktails Molotov. Sur une des voitures j'ai reconnu un autocollant d'Al-Nour", le principal parti salafiste, dit-il à l'AFP.

Selon d'autres témoins, les heurts ont éclaté après que l'imam eut appelé à voter "oui". Les partisans du "non" ont ensuite assiégé la mosquée et la police est alors intervenue.

Mais samedi à la mi-journée, les électeurs de la deuxième ville d'Egypte se rendaient sans encombres aux urnes.

"La situation est normale à Alexandrie après les violences. Nous collaborons avec l'armée pour assurer la tranquillité. Quiconque tentera de troubler l'ordre public sera immédiatement arrêté", prévient Khaled El-Azazi, porte-parole des forces de l'ordre dans le gouvernorat d'Alexandrie.

Discrètement, police et armée ont investi les rues.

Sur la grande artère Sidi al-Metwalli, une demi-douzaine de soldats veillent, Kalachnikov et matraques en mains.

A l'image du reste du pays, où un total de 120.000 soldats ont été appelés en renfort pour aider les 130.000 policiers mobilisés pour la sécurité du référendum.

Après les manifestations des trois dernières semaines, qui ont parfois dégénéré en violences meurtrières, le président islamiste Mohamed Morsi a donné à l'armée le droit d'arrêter des civils dans le cadre du maintien de l'ordre, jusqu'à l'annonce des résultats du référendum, à une date non précisée.

Et aux abords des bureaux de vote d'Alexandrie, la crainte d'une nouvelle flambée est toujours présente.

"On est mal à l'aise", confie Annie, une Copte (chrétienne d'Egypte) qui fait la queue devant l'école Safia Zaghloul, transformée en bureau de vote réservé aux femmes.

L'évolution de la situation "dépendra de l'issue du vote", poursuit-elle. Elle ajoute d'une voix étouffée qu'elle a voté "non" au projet de Constitution, comme une bonne partie des Coptes, qui représentent de 6 à 10% des 83 millions d'Egyptiens selon les estimations.

"En l'état, la Constitution ne représente pas tous les Egyptiens", renchérit Hany Mikhail Botros, un Copte très investi dans la paroisse de l'Eglise de tous les Saints, cible d'un attentat meurtrier la nuit du jour de l'An 2011.

"Si le 'oui' l'emporte, nous craignons que les milices des Frères musulmans (dont est issu M. Morsi) ne se sentent les mains libres pour nous attaquer", dit-il.

Deux ans à peine après la chute du régime de Hosni Moubarak, les Egyptiens sont profondément divisés sur la voie à suivre pour leur pays. Le débat et les manifestations ont d'ailleurs autant porté sur le projet de Constitution que sur M. Morsi et les Frères musulmans.

"Je m'attends à davantage de violences", lance Souad Ahmed, dont seuls les yeux dépassent du niqab (voile intégral). "Les violences sont le fait d'éléments résiduels de l'ancien régime. Ils fomentent l'instabilité". Son mari, qui arbore la barbe des salafistes, approuve.

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