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14/12/2012 06:27 EST | Actualisé 13/02/2013 05:12 EST

Syrie: Moscou fait marche arrière, Washington déploie des soldats

MOSCOU - Moscou a maladroitement tenté, vendredi, de rectifier le tir après que le responsable du dossier syrien au sein de la diplomatie russe ait déclaré la veille que le président Bachar el-Assad était en voie de perdre le contrôle de son pays.

Le ministère russe des Affaires étrangères a martelé vendredi que la position de Moscou face à la crise syrienne demeure inchangée.

Mais l'explication officielle — selon laquelle le ministre adjoint des Affaires étrangères Mikhail Bogdanov décrivait l'opinion des rebelles syriens plutôt que la position de la Russie — ne semblait pas correspondre aux propos attribués à M. Bogdanov par trois agences de presse russes, dont deux publiques.

«Il n'est malheureusement pas possible d'exclure une victoire de l'opposition, mais il faut constater les faits: la tendance est pour le gouvernement de perdre une part de plus en plus importante de son territoire», aurait dit M. Bogdanov.

Le ministère des Affaires étrangères a publié vendredi un communiqué dans lequel il affirme que M. Bogdanov faisait uniquement référence aux affirmations des insurgés syriens et de leurs commanditaires étrangers, qui prévoient une victoire rapide face au régime Assad.

«Dans ce contexte, Bogdanov a de nouveau confirmé la position de la Russie, à savoir que la seule issue possible au conflit syrien est un réglement politique», a indiqué dans le communiqué le porte-parole du ministère, Alexander Loukachevich.

M. Bogdanov prenait la parole devant un comité du Kremlin. C'était la première fois que Moscou évoquait officiellement une éventuelle chute du régime de Bachar el-Assad.

La position russe a été consolidée vendredi par le premier ministre adjoint de la Syrie, Qadri Jamil, qui était à Moscou pour rencontrer M. Bogdanov et son patron, Sergeï Lavrov.

«Il n'y a pas eu de changement à la position russe, a dit M. Jamil aux journalistes après la rencontre. La Russie est en faveur du dialogue et contre l'ingérence étrangère.»

L'analyste Georgy Mirsky, de l'Institute for World Economy, a expliqué que M. Bogdanov a peut-être commis une erreur en omettant de coordonner son message avec celui de M. Lavrov. La rétractation maladroite a possiblement été ordonnée par le président Vladimir Poutine, a-t-il ajouté, mais il serait compliqué pour celui-lui de larguer M. El-Assad.

«Ce serait humiliant, ça donnerait l'impression qu'il cède aux pressions de l'Occident, et ça ne lui ressemble pas du tout, a expliqué M. Mirsky. La Russie va perdre la Syrie de toute façon. Mais si elle la perd parce que Assad est chassé ou tué, ça ne sera pas une défaite pour Poutine. Mais il paraîtrait mal s'il n'attendait même pas le départ d'Assad.»

Par ailleurs, le secrétaire américain de la Défense, Leon Panetta, a révélé que les États-Unis déploieront deux systèmes antimissiles Patriot et 400 soldats en Turquie dans le cadre des forces de l'OTAN mobilisées pour défendre ce pays contre d'éventuelles attaques par des missiles syriens.

Les ministres des Affaires étrangères de l'OTAN avaient accepté, le 30 novembre, la demande de systèmes Patriot formulées par la Turquie. L'Allemagne et les Pays-Bas avaient déjà accepté de déployer un total de quatre systèmes et de 760 soldats en Turquie.