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14/12/2012 11:46 EST | Actualisé 13/02/2013 05:12 EST

Le Québec découvre avec stupeur la fraude aux fonds secrets de la police

Après une série de scandales qui ont éclaboussé le BTP et la classe politique depuis un an, le Québec découvre cette semaine avec stupeur que sa police, réputée dure et surpayée mais honnête et efficace, fermait les yeux sur des fraudes présumées de sa hiérarchie.

Ayant appris mercredi que la Sûreté du Québec avait puisé dans ses fonds secrets pour des dépenses non-autorisées, le contribuable québécois a lu vendredi dans le quotidien La Presse que les fonds non utilisés destinés à payer des informateurs étaient dissimulés sur un compte bancaire numéroté, au lieu d'être rendus à l'Etat.

Certes, il ne s'agissait pas de détourner cet argent - des sommes pouvant atteindre jusqu'à un million et demi de dollars par an - mais de constituer des réserves pour financer facilement des opérations policières secrètes.

Il reste que du point de vue légal la procédure était frauduleuse. Elle apparaît d'autant plus suspecte que les mêmes fonds secrets auraient servi à verser une prime de départ illégale de plus de 150.000 dollars à l'ex-directeur adjoint des enquêtes criminelles Steven Chabot. Ce dernier aurait lui-même signé le chèque en question au moment de quitter la police provinciale, croit savoir le quotidien.

Les autorités, tout en confirmant qu'une enquête est en cours sur trois hauts gradés de la SQ, dont un à la retraite, restent avares de détails.

Les soupçons visant la police provinciale s'ajoutent à une série sans fin de révélations sur la corruption touchant le secteur du bâtiment.

Les audiences publiques de la commission Charbonneau, entrée dans le vif du sujet cet automne, ont dévoilé l'ampleur et l'organisation systématique des détournements d'argent public, surveillés par la criminalité organisée et représentant des pourcentages précis du montant de contrats, prélevés tant par la pègre que par le parti du maire et les fonctionnaires corrompus.

Les aveux de l'entrepreneur-corrupteur Lino Zambito et d'ingénieurs employés par la ville ont fini par forcer à la démission le maire de Montréal Gérald Tremblay, et celui de Laval, la troisième ville du Québec, Gilles Vaillancourt.

Les détournements, érigés en système de contrats gonflés, distribués uniquement aux entreprises faisant partie du réseau, ont d'abord paru avoir profité aux entrepreneurs locaux, souvent d'origine italienne et ayant parfois des relations personnelles avec le parrain sicilien présumé de Montréal, Vito Rizzuto.

Mais l'arrestation, fin novembre, de l'ancien patron du géant mondial de l'ingénierie SNC-Lavalin, présent dans une centaine de pays, a montré que la corruption pouvait contaminer les plus grands.

Pierre Duhaime avait démissionné au printemps après la découverte de "versements injustifiés" de quelque 56 millions de dollars, qu'on pensait liés aux activités du groupe en Libye sous le régime du colonel Kadhafi. Par la suite, les médias ont rapporté qu'une partie de cette somme, soit 22 millions de dollars, aurait servi à faire confier à SNC-Lavalin la construction du nouveau Centre hospitalier universitaire McGill à Montréal.

La commission Charbonneau a suspendu ses travaux pendant la période des fêtes, mais pas la police ni les médias.

Vendredi matin, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a arrêté le maire de Saint-Rémi, une petite ville voisine de Montréal, Michel Lavoie, accusé d'abus de confiance et de fraude pour avoir favorisé ses proches dans l'attribution de contrats publics. Son fils et un entrepreneur ont également été arrêtés.

via/sab/jca