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14/12/2012 06:41 EST | Actualisé 13/02/2013 05:12 EST

Égypte: islamistes et opposants s'affrontent sur le projet de Constitution

LE CAIRE, Égypte - Des islamistes égyptiens armés d'épées ont affronté des opposants au projet de Constitution vendredi à Alexandrie, signe des tensions qui couvent en Égypte à la veille du début du référendum sur le texte constitutionnel très controversé.

Au moins 19 personnes ont été blessées dans les violences à Alexandrie. Les affrontements sont survenus après qu'un imam ultraconservateur eut demandé aux fidèles de voter «oui» au référendum et qualifié les opposants de «partisans des infidèles».

Des affrontements se sont aussi produits dans deux autres villes après des sermons enflammés associant la vote sur la Constitution à un vote sur l'islam.

La crise oppose le président islamiste Mohamed Morsi, les Frères musulmans et leurs alliés salafistes, d'une part, et l'opposition libérale et laïque soutenue par une grande partie des musulmans modérés, d'autre part. Les deux camps ont intensifié leur campagne référendaire après des semaines de manifestations et de violences qui ont transformé le référendum en conflit ouvert sur l'identité post-révolutionnaire de l'Égypte.

La plupart des juges du pays ont annoncé qu'ils ne superviseraient pas le référendum en signe de protestation, et les opposants s'inquiètent de la légitimité du processus référendaire. Des groupes de défense des droits de la personne ont exprimé des craintes quand à la possibilité de fraudes, tandis que des opposants ont estimé que la décision de tenir le référendum en deux temps aurait pour effet d'influencer les électeurs de la deuxième phase.

Vendredi, des milliers d'islamistes se sont rassemblés sur une place du nord du Caire en brandissant des photos du président Mohamed Morsi, qui insiste pour que le référendum commence samedi comme prévu malgré l'apparente précipitation dans l'organisation du vote. À quelques kilomètres de là, l'opposition avait organisé un «sit-in» pour inciter les électeurs à voter «non» au référendum.

Les autorités religieuses ont émis des directives incitant les mosquées à ne pas tenter d'influencer le vote, mais plusieurs imams, en particulier dans le sud conservateur du pays, ont appelé leurs fidèles à voter en faveur du projet de Constitution.

«Voter oui revient à faire le jihad pour l'amour de Dieu!» a lancé le cheikh Abdel-Akher Hamad à ses fidèles à Assiout, dans le sud. La Constitution «préservera l'Égypte du diable et de ceux qui veulent saboter l'islam et les musulmans», a-t-il dit.

Les partisans de Mohamed Morsi affirment que la Constitution mettra fin à l'instabilité politique que vit le pays depuis le renversement du régime d'Hosni Moubarak, en février 2011. Ses opposants estiment que le processus constitutionnel a été précipité, que les inquiétudes des minorités n'ont pas été prises en compte et que le texte constitutionnel comporte des clauses obscures qui pourraient permettre aux islamistes de restreindre les libertés civiles.

Plus de 51 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales pour le référendum, qui aura lieu les 15 et 22 décembre.