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13/12/2012 02:30 EST | Actualisé 12/02/2013 05:12 EST

Syrie: sur un point d'impact des "Scud", aucun mort mais des vergers ravagés

Un profond sillon s'enfonce dans la caillasse. Le verger a comme été labouré sur des centaines de mètres par un ouragan d'acier. Dans le nord-ouest de la Syrie, les rebelles disent faire désormais face à une nouvelle arme du régime: le Scud.

Selon les insurgés, au moins six missiles sol-sol de type Scud se sont abattus lundi et mardi dans et autour de la base de Cheikh Souleimane, garnison gouvernementale dont les jihadistes du Front al-Nosra se sont emparés en début de semaine.

Un journaliste de l'AFP a pu se rendre mercredi sur un point d'impact de l'un de ces projectiles, en périphérie de la ville de Darret Ezza, et près de la base.

Le sol de l'ancien verger est parsemé d'une multitude de morceaux de fer tordus et acérés. Tous les murs de pierre qui dans ces collines caillouteuses délimitent habituellement champs et oliveraies ont été soufflés.

"Ici il y avait 31 oliviers, il n'en reste plus rien", raconte l'infortuné propriétaire du terrain, venu constater les dégâts, malgré la présence avérée d'une multitude de mines anti-personnels laissées par l'armée.

"Des pierres de la taille d'un homme ont volé dans le ciel comme si c'était du gravier", assure le paysan moustachu, dont l'un des enfants ramasse la carcasse d'un oiseau mort.

Tous les arbres ont été décapités. A environ 300 mètres de là, la façade d'une solide et sans doute multi-séculaire bergerie de pierre s'est en partie effondrée.

Par chance, l'engin est tombé à près de 2 kilomètres de Darret Ezza, où les vitres de nombreuses habitations ont cependant été brisées.

Toujours selon les rebelles de la "brigade des Hommes libres de Darret Ezza", une unité locale de l'Armée syrienne libre (ASL), les six missiles tombés en moins de 48 heures n'ont fait aucune victime.

"Nous pouvons confirmer qu'il s'agit de missiles Scud", a assuré à l'AFP le commandant Abou Jalal.

"Les médias du régime ont déjà justifié ces bombardements en assurant que les rebelles dans la zone détenaient des armes dangereuses, et notamment des composants chimiques", a-t-il ajouté.

Les explosions ont été extrêmement puissantes, secouant toute la ville, et ont été entendues dans toute la région.

Le journaliste de l'AFP se trouvait lundi à Darret Ezza lorsque un des missiles est tombé sur la zone, et avait constaté la très forte puissance de l'explosion, sans être alors en mesure d'en déterminer l'origine avec certitude.

Selon plusieurs habitants, dont un officier local de l'ASL, Abou Raji, les tirs de missiles sol-sol ont débuté il y a une quinzaine de jours, après que deux aéronefs de l'armée ont été abattus alors qu'ils bombardaient les alentours de Cheikh Souleimane.

"Il y a eu trois explosions de ce genre, mais de moindre puissance", a expliqué Abou Raji, reconnaissant ignorer le type d'engin utilisé par l'armée.

"Nous vivons dans la peur que de nouveaux missiles tombent cette fois sur la ville", dit Abou Jalal.

Mercredi, un avion volant à très haute altitude a bombardé la base avec une bombe au phosphore, selon les rebelles. Une pluie blanche est tombée du ciel et s'est enflammée au contact du sol sur une traînée de plusieurs centaines de mètres, a raconté l'un d'eux.

Aucun rebelle n'a été tué, mais plusieurs ont été blessés, selon Abou Jalal.

Un responsable américain sous couvert d'anonymat a déclaré mercredi à l'AFP que des Scud étaient tombés en Syrie. La diplomatie américaine avait auparavant affirmé que Damas utilisait des "missiles" et des bombes incendiaires contre la rébellion, sans plus de précision.

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