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13/12/2012 07:24 EST | Actualisé 12/02/2013 05:12 EST

Pour les Cairotes, le vote porte tant sur la Constitution que sur Morsi

Le référendum sur la Constitution en Egypte semblait jeudi, à deux jours de sa première étape, prendre le chemin dans les esprits des Cairotes d'un plébiscite pour ou contre le président Mohamed Morsi et le mouvement islamiste des Frères musulmans, dont il est issu.

Assis sur le trottoir d'une rue agitée, Hamdi Imam, un bouquiniste, se concentre sur ses mots croisés. Mais il est loin d'oublier les manifestations de colère parfois meurtrières de ces trois dernières semaines.

"La Constitution a été entachée de sang, elle est mauvaise", dit ce quinquagénaire. "Elle aliène le peuple. Dès le début, il était évident que les Frères musulmans ne devaient pas diriger le pays. Ils vont mener l'Egypte à sa perte", assène-t-il.

M. Imam refuse d'aller voter samedi sur le projet de Constitution, rédigé par une commission dominée par les islamistes et dénoncé par l'opposition. Bien qu'elle ait appelé à voter "non" les 15 et 22 décembre, un boycott reste possible, l'opposition ayant soumis sa participation à une série de conditions comme la présence d'un juge pour chaque urne.

Pour l'opposition, en particulier le Front du salut national (FSN), le projet de loi fondamentale ouvre la voie dans son état actuel à une islamisation accrue de la législation et manque de garanties pour les libertés.

"Je suis musulman, je porte la barbe, je prie", reprend Hamdi Imam, embrassant du regard les titres qu'il propose, d'une biographie du défunt pape Jean-Paul II en anglais à un magazine people en arabe.

Les Frères musulmans, dont est issu le président Mohamed Morsi, "ne sont pas un parti religieux, ils mènent une politique digne des infidèles", tonne le bouquiniste.

Un peu plus loin, des jeunes et des moins jeunes sont en plein débat sur les Frères musulmans et le projet de Constitution.

Mohammed Hassan, 28 ans, est habillé à l'occidentale. C'est le premier à émettre une opinion favorable aux islamistes.

"Les Frères sont bons. Personne ne leur a encore donné une chance, cela fait seulement cinq mois qu'ils sont au pouvoir. (Le président déchu) Hosni Moubarak est resté au pouvoir pendant 30 ans. Cela fait tellement longtemps qu'on dit qu'ils sont mauvais que les gens ont fini par le croire", lance-t-il.

Un de ses amis va plus loin: "Moi, je veux les salafistes, pas les Frères musulmans. Les Frères font le contraire de ce qu'ils disent, ils sont trop timorés".

Dans un café, Mohammed Ibrahim Sayyed, la quarantaine, sirote un thé avec des amis. "Je vais voter contre la Constitution parce que ce qui se passe en ce moment ne me plaît pas. On ne veut pas d'un nouvel Afghanistan. L'Egypte est un pays diversifié de 80 millions d'habitants, un seul parti ne devrait pas pouvoir diriger seul", explique-t-il.

Les Frères musulmans "exploitent les gens au nom de la religion", juge-t-il.

Sur les murs du palais présidentiel, aux abords duquel des affrontements meurtriers on eu lieu la semaine dernière, ou sur l'emblématique place Tahrir, dans le centre du Caire, de nouveaux graffitis disent clairement ce que les opposants pensent de M. Morsi, premier président islamiste et civil d'Egypte.

"Dégage, mouton du Guide" des Frères musulmans, "La révolution continue", "A bas Morsi", ont écrit des manifestants.

Mardi, lors d'une nouvelle manifestation, les protestataires avaient confectionné une banderole en forme de carte d'identité sur laquelle était inscrit: "Nom: Mohamed Morsi. Profession: Hosni Moubarak".

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