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13/12/2012 07:18 EST | Actualisé 12/02/2013 05:12 EST

Manger des déchets en réponse au gaspillage

À Winnipeg comme ailleurs, des militants dénoncent le gaspillage de nourriture en s'approvisionnant dans les bennes à ordures de supermarchés et même de banques alimentaires. Leur cause met également en lumière la question connexe des dates de péremption des aliments.

Les militants se décrivent comme des freegans, ou « déchétariens » en français. Ils parcourent les bennes à ordures des supermarchés, à la recherche de ce que ces commerces ont jugé ne plus pouvoir vendre.

Radio-Canada a suivi un groupe de déchétariens à Winnipeg, derrière un supermarché du North End, un des quartiers les plus pauvres au Canada. En quelques minutes, le groupe a extirpé pour plusieurs centaines de dollars de marchandises, qui dans certains cas, n'étaient pas périmées.

« Une partie de moi profite du système. Je peux assurément me nourrir principalement de ce que je trouve dans les bennes à ordures. Mais d'un autre côté, ne pas le faire signifierait permettre que tout ceci se gaspille. Cela signifierait que je fais fi de ce qui se passe », déclare Quincy Brandt, étudiant en coopération internationale et déchétarien depuis trois ans.

L'Organisation des Nations Unies estime que dans le monde, un tiers des aliments produits chaque année pour la consommation humaine finit à la poubelle. Au Canada uniquement, on estime à 27 millions de dollars le montant de nourriture gaspillé.

Selon Pascal Thériault, agroéconomiste et professeur à l'Université McGill à Montréal, le Canada dépasse la moyenne des pays riches en matière de gaspillage alimentaire.

« Alors que la moyenne des pays riches se situe à 100, 115 kilogrammes par année, au Canada, les données de Statistique Canada rapportent plutôt des chiffres de 180 kilogrammes par personne », affirme le chercheur.

Du gaspillage sur toute la chaîne de distribution alimentaire

Selon une étude du centre de recherche ontarien Value Chain Management, près de 50 % du gaspillage d'aliments est effectué par les consommateurs et 15 % par le secteur de la distribution et de la vente.

Donner des invendus aux banques alimentaires est une excellente solution pour les commerces, mais les banques alimentaires jettent également des denrées. Moisson Winnipeg reçoit près de cinq tonnes de nourriture chaque année, et un peu moins de 10 % de ces dons atterrissent aux poubelles.

L'organisme soutient que la majeure partie de ce qu'il jette représente des denrées que les supermarchés qui l'approvisionnent auraient eux-mêmes jetées de toute façon. Pour sa part, le groupe de déchétariens de Quincy Brandt assure que la benne de Moisson Winnipeg est leur endroit de prédilection pour trouver gratuitement des aliments frais.

En visionnant les images de Radio-Canada, la responsable des bénévoles de Moisson Winnipeg, Meghan Pesclovitch, a répondu « qu'ils doivent travailler avec les bénévoles, dont certains sont probablement plus sélectifs que d'autres ».

Date de péremption et date limite de consommation

Si l'une des raisons souvent invoquées pour jeter des aliments est l'approche ou l'atteinte de la date de péremption, il faut savoir que celle-ci n'est pas un indicateur de salubrité, mais plutôt de fraîcheur, rappelle un professeur en microbiologie alimentaire et en salubrité des aliments à l'Université du Manitoba, Rick Holley.

Au Canada, il existe des dates limites de consommation et des dates de péremption (« meilleur avant »). La réglementation canadienne déconseille la consommation et interdit la vente uniquement pour les produits dont la date limite de consommation est dépassée.

Un produit frais comme du lait ou de la viande, explique M. Holley, peut être impropre à la consommation après sa date de péremption. Toutefois, des produits comme les conserves, les pâtes ou les croustilles peuvent être consommés même après leurs dates de péremption, puisque celle-ci indique la fraîcheur du produit.

Quant à la date limite de consommation, apposée sur des produits comme des suppléments nutritifs, les formules pour bébés ou les substituts de repas, elle indique qu'au-delà de la date inscrite, il n'est plus garanti qu'un produit contienne toujours sa valeur nutritive initiale. Le professeur soutient qu'une fois la date limite de consommation atteinte pour ce genre de produits, on conseille de les jeter, ce qui n'est pas le cas pour la date de péremption.

Un organisme de coopération, Fruit Share Manitoba, a par ailleurs lancé une pétition et recueilli 400 signatures pour exiger que la réglementation canadienne rende l'étiquetage des produits plus éclairant et informatif pour les consommateurs. Sa coordonnatrice, Segan Morrow, croit que la population est mal informée au sujet de la différence entre les dates de péremption et les dates limites de consommation.

D'après un reportage d'André Dalencour, à ne pas manquer au Téléjournal Manitoba jeudi