NOUVELLES
13/12/2012 01:49 EST | Actualisé 12/02/2013 05:12 EST

Égypte: le report du référendum réclamé pour éviter la «guerre civile»

LE CAIRE, Égypte - Le principal leader du mouvement pro-démocratie en Égypte a appelé jeudi le président Mohamed Morsi à reporter le référendum sur le projet de Constitution pour éviter «le spectre d'une guerre civile».

Dans un message télévisé empreint d'émotion, Mohamed El Baradei, ex-chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique et lauréat du prix Nobel de la paix en 2005, a demandé au président islamiste de «craindre Dieu» et de reporter le référendum.

Son message survient à deux jours du début du processus référendaire sur le projet de Constitution très contesté. M. El Baradei a appelé les Égyptiens à voter «non» si le président ne repousse pas le vote.

L'organisation de l'ancien président américain Jimmy Carter a par ailleurs annoncé jeudi qu'elle n'enverrait pas d'observateurs pour superviser le référendum en Égypte.

Le Centre Carter a été la principale organisation internationale à surveiller les élections égyptiennes depuis le renversement du régime d'Hosni Moubarak, en février 2011. L'absence d'observateurs de ce centre réputé soulève des inquiétudes quant à la légitimité du processus et fait craindre une polarisation encore plus grande si la Constitution soutenue par le président Morsi et ses alliés des Frères musulmans est approuvée par les électeurs.

L'opposition et des groupes de défense des droits de la personne soulignent que l'organisation extrêmement rapide du référendum et les changements de procédure dans l'accréditation des observateurs électoraux pourraient favoriser les fraudes.

L'Égypte a été plongée dans une grave crise politique il y a trois semaines, quand le président a annoncé des décrets lui accordant des pouvoirs quasi absolus. M. Morsi a abrogé ses décrets face aux critiques et aux manifestations, mais entre-temps, la commission constitutionnelle a adopté à la hâte un projet de Constitution lors d'une séance marathon et le président a convoqué un référendum deux semaines plus tard.

Les partisans de Mohamed Morsi affirment que la Constitution mettra fin à l'instabilité politique que vit le pays depuis le renversement du régime Moubarak. Ses opposants estiment que le processus constitutionnel a été précipité, que les inquiétudes des minorités n'ont pas été prises en compte et que le texte constitutionnel comporte des clauses obscures qui pourraient permettre aux islamistes de restreindre les libertés civiles.

La crise a été aggravée par de gigantesques manifestations qui ont attiré des centaines de milliers de personnes. Le 5 décembre, des affrontements entre partisans et opposants de M. Morsi autour du palais présidentiel ont fait au moins 10 morts et des centaines de blessés. Il s'agissait des pires violences politiques en Égypte depuis l'élection de Mohamed Morsi à la présidence.

Face à ces tensions, le Centre Carter a annoncé jeudi qu'il ne serait pas en mesure «de mener une évaluation exhaustive de tous les aspects du processus référendaire». Le centre évoque notamment la diffusion tardive par le gouvernement des règlements encadrant le travail des observateurs.

Une vingtaine d'organisations égyptiennes de défense des droits de la personne ont diffusé un communiqué commun jeudi, dans lequel elles s'inquiètent d'un risque de fraude lors du référendum.

«Les organisations soussignées sont profondément préoccupées par le potentiel de truquage durant ou après le référendum», affirme le communiqué. «Les organisations soussignées préviennent que le climat dans lequel le référendum est organisé ne laisse rien présager de bon pour un processus électoral juste.»

Le référendum aura lieu en deux temps, les 15 et 22 décembre.