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12/12/2012 05:18 EST | Actualisé 11/02/2013 05:12 EST

L'Egypte attend une rencontre pouvoir-opposition patronnée par l'armée

Pouvoir et opposition devaient se rencontrer mercredi après-midi au Caire à l'initiative de l'armée égyptienne, dans un contexte d'impasse politique totale à quelques jours d'un référendum sur un projet de Constitution controversé.

Ce référendum sera organisé sur deux jours -les 15 et 22 décembre- au lieu de la seule journée du 15, a fait savoir la commission électorale via la télévision d'Etat.

Cette mesure pourrait permettre de faire face à une pénurie de juges chargés de la surveillance du vote, que de nombreux magistrats entendent boycotter.

La rencontre pouvoir-opposition, convoquée par le ministre de la Défense et commandant des forces armées, le général Abdel Fattah al-Sissi, doit se tenir dans un club militaire.

Elle doit rassembler "au nom de l'amour de l'Egypte" le président islamiste Mohamed Morsi, le gouvernement et les principales personnalités politiques de tous bords, a annoncé mardi le général Sissi.

La principale formation de l'opposition, le Front du salut national (FSN) devait tenir une réunion mercredi pour décider ou non d'être présent. Selon les médias égyptiens, le président Morsi aurait quant à lui décidé de venir.

Cette crise, la plus grave que connaisse le pays depuis l'élection de M. Morsi en juin, a remis sur le devant de la scène l'influente armée égyptienne, éclipsée au profit du chef de l'Etat ces derniers mois.

Ce référendum est au coeur de nombreuses manifestations rivales et parfois violentes de partisans et d'adversaires du président islamiste qui se sont tenues ces derniers jours.

L'opposition de gauche et libérale estime que le projet constitutionnel ouvre la voie à une islamisation accrue de la législation et manque de garanties pour les libertés.

Le camp présidentiel assure en revanche qu'il permettra de doter le pays d'un cadre institutionnel stable après près de deux ans d'une transition politique chaotique.

Mardi, des manifestations rivales ont rassemblé des milliers de personnes, devant la présidence dans le quartier d'Héliopolis pour l'opposition, à quelques kilomètres de là pour les islamistes pro-Morsi.

Le calme régnait mercredi matin aux abords du palais présidentiel, près duquel de petits groupes de personnes ont passé la nuit sous des tentes.

Les deux manifestations de mardi se sont déroulées sans incident majeur malgré les tensions des derniers jours, notamment mercredi soir où des affrontements entre partisans des deux camps avaient fait sept morts.

La presse de mercredi reflétait le clivage de l'opinion. Le journal des Frères musulmans, Liberté et Justice, affirmait que l'Egypte "se mobilise en faveur de la légitimité" incarnée par M. Morsi, tandis que al-Watan, indépendant, titrait sur "la révolte d'un peuple contre le clan du président".

Le vote sur deux jours permettra de faire voter successivement deux zones distinctes du pays, permettant aux juges de se déplacer d'une région à l'autre entre les deux tours. La capitale le Caire voterait dès samedi prochain.

La plus importante association de magistrats du pays, le Club des juges, a indiqué que 90% de ses adhérents entendaient boycotter la supervision du vote.

Le vote des Egyptiens vivant à l'étranger s'est quant à lui ouvert mercredi pour quatre jours.

Selon les chiffres officiels 586.000 Egyptiens expatriés peuvent voter dans 150 représentations diplomatiques. Les taux de participation électorale des Egyptiens de l'étranger sont en général très faibles.

L'armée a été appelée par M. Morsi en renfort de la police pour assurer la sécurité jusqu'à l'annonce des résultats.

Les Etats-Unis ont averti mardi, pour la seconde fois en deux jours, le président égyptien et l'armée qu'ils refuseraient tout "retour aux mauvais jours de l'ère Moubarak", le président déchu début 2011, pour le maintien de l'ordre.

Le département d'Etat américain a exhorté les forces de sécurité égyptiennes à "faire preuve de retenue et à respecter le droit de manifester pacifiquement".

bur-cr/sw