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12/12/2012 04:42 EST | Actualisé 10/02/2013 05:12 EST

Le prince héritier de Bahreïn espère débloquer la situation par le dialogue

Le prince héritier de Bahreïn a lancé un nouvel appel au dialogue espérant débloquer la situation dans ce petit Etat du Golfe où le face-à-face entre le pouvoir et l'opposition prend un tour de plus en plus violent.

Car le feu couve dans cet archipel où se cristallisent les tensions régionales, des troupes des monarchies du Golfe, en premier lieu saoudiennes, étant déployées depuis la répression en 2011 d'un soulèvement animé par la majorité chiite, accusée par le pouvoir de collusion avec l'Iran.

Le prince Salmane ben Hamad Al-Khalifa, considéré comme une figure modérée au sein de la famille royale, a appelé vendredi l'opposition chiite au dialogue mais lui a demandé de condamner la violence qui émaille de plus en plus les protestations anti-gouvernementales.

"Nous avons eu notre propre expérience du soi-disant Printemps arabe l'an dernier (...) cela a divisé notre pays. Je suis convaincu (...) que le dialogue est le seul moyen d'aller de l'avant", a-t-il dit.

"Le dialogue est la seule solution, un dialogue consensuel entre toutes les forces nationales pour parvenir à un règlement global", a également déclaré à l'AFP la ministre d'Etat à l'Information Samira Rajab.

L'opposition conduite par le Wefaq chiite a favorablement accueilli l'appel du prince héritier, demandant un "dialogue sérieux" dont les résultats seraient sanctionnés par un référendum.

"Nous sommes prêts au dialogue sans conditions", a assuré à l'AFP Khalil Marzouk, membre dirigeant du Wefaq. Il répète que sa formation ne remet pas en cause le règne de la dynastie sunnite des Al-Khalifa mais réclame "que le Premier ministre soit désigné par un parlement élu".

Bahreïn est la seule monarchie du Golfe où la majorité de la population autochtone est chiite.

Dans toutes ses manifestations, organisées avec l'accord des autorités, le Wefaq réclame la démission du Premier ministre, cheikh Khalifa ben Salmane Al-Khalifa, un oncle du roi en poste depuis 1974, considéré comme un tenant de la tendance dure.

Mais dans les villages chiites aux portes de Manama, les murs sont recouverts de graffitis qui n'ont qu'une revendication: le départ du roi Hamad ben Issa Al-Khalifa. Y sont également imprimés au pochoir les portraits des chefs radicaux de l'opposition, emprisonnés depuis le printemps 2011.

Des affrontements se déroulent presque chaque soir dans leurs ruelles étroites entre des jeunes, souvent masqués, et la police, à l'appel d'un collectif radical qui se manifeste sur les réseaux sociaux, le "Mouvement du 14 février", à l'origine du soulèvement qui avait éclaté en février 2011.

Depuis quelques mois, les heurts prennent un tour plus violent, les manifestants ayant recours aux cocktails Molotov mais également à des bombes artisanales. La police pour sa part utilise les gaz lacrymogènes et les bombes assourdissantes, et tire à la chevrotine selon des témoins.

Washington a appelé en novembre le Bahreïn, qui abrite le siège de la Cinquième Flotte, à faire preuve de "retenue".

Certains observateurs se demandent désormais si l'opposition traditionnelle conduite par le Wefaq commence à perdre le contrôle de la rue au profit des groupes plus radicaux.

"Nous n'avons pas perdu le contrôle sur la rue mais ses revendications sont devenues plus compliquées", affirme Khalil Marzouk.

Le pouvoir n'a fait aucune concession de fond à l'opposition depuis l'écrasement du soulèvement, mais affirme avoir commencé à appliquer les recommandations d'une commission d'enquête indépendante sur la répression de la contestation.

"La quasi-totalité des personnes licenciées" pour avoir participé au soulèvement, estimées à quelque 4.400, "ont retrouvé leur travail", et la police a adopté "un nouveau code de conduite", affirme Mme Rajab.

Selon la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), 80 personnes ont trouvé la mort depuis février 2011.

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