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11/12/2012 12:14 EST | Actualisé 10/02/2013 05:12 EST

USA: la bataille contre les syndicats s'étend au coeur ouvrier du Michigan

La longue bataille pour affaiblir les syndicats aux Etats-Unis a pris un nouveau tournant et touche à présent le coeur du mouvement ouvrier, dans le Michigan, avec le gouverneur républicain de cet Etat du Nord qui s'apprête à signer une loi vivement dénoncée par ces derniers.

Rick Snyder devait promulguer dès mardi un texte controversé qui ne rendra désormais plus obligatoire le fait de payer des cotisations syndicales pour les ouvriers d'une entreprise. Seuls les membres syndiqués devront s'acquitter de ces frais, ce qui, notent les détracteurs de la loi, poussera les travailleurs à ne pas rejoindre les syndicats.

Pour justifier cette législation, dite du "droit-au-travail", le gouverneur du Michigan met en avant un argument économique. Il assure que le texte est nécessaire pour "maintenir notre avantage compétitif" et attirer de nouveaux emplois, surtout après que l'Indiana voisin fut devenu cette année le 23e Etat du pays (sur 50) à promulguer une telle loi.

En signe de protestation, des milliers de personnes manifestaient mardi devant le Congrès du Michigan, dans la capitale Lansing.

Lors d'un déplacement lundi dans une usine automobile du Michigan, où il était venu plaider pour une hausse des impôts pour les plus riches, le président Barack Obama a fermement condamné le texte.

"Vous savez ces lois sur le soi-disant +droit-au-travail-+, elles n'ont rien à voir avec l'économie. Elles ont tout à voir avec la politique", a martelé le président démocrate. Sous les hourras d'une foule de travailleurs syndiqués, il a ajouté que les républicains "essayent de vous retirer vos droits à négocier pour obtenir de meilleurs salaires et conditions de travail".

Ces lois, largement défendues par le patronat et les entreprises, avaient jusqu'à présent été limitées aux Etats avec une faible présence syndicale, notamment dans le Sud et l'Ouest.

Leur extension au coeur même des régions traditionnellement industrielles de l'Indiana et du Michigan -- lieu de naissance du United Auto Workers Union, l'un des plus importants syndicats d'Amérique du Nord -- marque un tournant.

Cela intervient par ailleurs après des tentatives d'élus républicains locaux arrivés au pouvoir en 2010 de réduire les droits de négocier des syndicats dans la "Rust Belt" ("ceinture de la rouille"), zone de développement historique des industries lourdes s'étendant de Chicago au nord-est des Etats-Unis. C'est le cas du Wisconsin et de l'Ohio, dont les assemblées ont fait adopter des lois limitant les conventions collectives des salariés du secteur public.

Si dans l'Ohio, les syndicats sont parvenus à renverser ce genre de législations via un référendum, dans le Wisconsin les restrictions demeurent.

Dans le Michigan, les démocrates mettent en garde contre un "conflit sans fin" si le gouverneur ne met pas son veto à la loi ou ne la soumet pas à référendum. "Cela touche au coeur même des conventions collectives", a déploré lundi le sénateur Carl Levin.

Pour Harley Shaiken, professeur à l'Université Berkeley de Californie, le gouverneur Snyder et ses acolytes vont "payer un coût politique élevé". "Ils ont enclenché une guerre qui n'existait pas (...) c'est une attaque directe contre le monde ouvrier", dit-il à l'AFP.

Les syndicats restent puissants sur le plan économique et politique aux Etats-Unis, même si les adhésions sont tombées de 20,1% des travailleurs en 1983 à 11,8% en 2011.

Roland Zullo, expert en la matière à l'Université du Michigan, explique que si les entreprises vont profiter de ce genre de lois, les vraies motivations des élus restent politiques, "car les syndicats dans le Michigan ont été des acteurs très importants pour la victoire des démocrates aux dernières élections".

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