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11/12/2012 12:08 EST | Actualisé 10/02/2013 05:12 EST

Egypte: manifestations de pro et anti Morsi sous l'oeil de l'armée

Des opposants au président égyptien Mohamed Morsi se pressaient devant son palais mardi après avoir franchi un barrage gardé par l'armée, à quelques kilomètres d'une manifestation de partisans du chef de l'Etat islamiste.

Dans l'après-midi, plusieurs centaines de manifestants ont réussi à franchir sans heurts un barrage de blocs de béton et de barres de métal, installé pour protéger le complexe présidentiel à Héliopolis, dans la banlieue du Caire.

Ils ont ainsi pénétré dans le périmètre de sécurité du palais présidentiel, à l'extérieur du bâtiment, lui-même protégé par des murs de plus de quatre mètres de haut, des soldats et des chars.

"Les gens qui se sont sacrifiés pour se débarrasser d'une dictature laïque vont se retrouver avec une dictature islamiste, et c'est pire", a expliqué Miral Brinjy, une manifestante d'une vingtaine d'années.

Emmenée par le Front du salut national (FSN), l'opposition manifestait également sur la place Tahrir, haut lieu de la contestation dans le centre de la capitale.

Le FSN, qui rassemble des partis et groupes de tendance majoritairement libérale et de gauche, a rejeté le référendum de samedi et le projet de Constitution qui doit être soumis au vote, estimant que le texte ouvrait la voie à une islamisation accrue de la législation et manquait de garanties pour les libertés.

Dans un communiqué, Amr Moussa, ancien patron de la Ligue arabe et figure du FSN, a fait part de sa "position et de celle du Front qui est de reporter ou d'annuler le référendum".

En face, le camp islamiste, qui soutient M. Morsi, était rassemblé à Nasr City, à quelques kilomètres du palais présidentiel.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes défilaient près de la mosquée Rabaa, certains brandissaient des drapeaux égyptiens et saoudiens, selon un journaliste de l'AFP.

"Je suis ici pour soutenir la Constitution et la stabilité qu'elle va nous apporter", a affirmé un manifestant, Ahmed Hassan, se disant favorable à "la loi islamique".

Ces manifestations concurrentes font redouter de nouveaux affrontements, après des accrochages entre opposants et partisans de M. Morsi qui ont fait 7 morts et des centaines de blessés dans la nuit du 5 au 6 décembre près de la présidence.

Aux petites heures du matin mardi, onze personnes ont été blessées lorsque des inconnus ont ouvert le feu à la chevrotine et ont lancé des cocktails Molotov sur des manifestants sur la place Tahrir, selon le ministère de la Santé.

Par un décret pris lundi, M. Morsi a rendu à l'armée le pouvoir d'assurer l'ordre et d'arrêter des civils, jusqu'aux résultats du référendum. Ce droit très décrié rappelle la période où les militaires ont dirigé le pays, entre la chute de Hosni Moubarak en février 2011 et l'élection du nouveau président en juin.

Cette décision remet au premier plan l'influente armée égyptienne, qui se faisait discrète depuis la mise en retraite en août de son chef, le maréchal Hussein Tantaoui.

L'armée était réapparue dans le jeu politique samedi pour exiger un "dialogue" pour sortir de la crise actuelle. L'institution militaire s'est posée en garante de la stabilité du pays, en mettant en garde contre un "désastre" qu'elle ne "laisserait pas faire".

Des organisations de défense des droits de l'Homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch ont dénoncé le risque de violations des droits de l'Homme comme celles qui avaient marqué la période où l'armée assurait le pouvoir de transition.

La crise qui traîne en longueur ne fait qu'agraver l'incertitude qui pèse sur l'économie égyptienne. Et mardi, le gouvernement égyptien a décidé de geler sa demande d'aide de 4,8 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI) en raison des troubles.

"Nous avons demandé officiellement le report d'un mois des négociations avec le FMI, en raison de la situation politique dans le pays", a déclaré le Premier ministre, Hicham Qandil.

A Washington, le FMI a assuré qu'il restait "prêt" à soutenir l'Egypte.

Les autorités du Caire et les équipes du FMI s'étaient mises d'accord fin novembre sur ce plan d'aide qui devait encore être approuvé par le conseil d'administration du Fonds d'ici à la fin de l'année.

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