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11/12/2012 06:08 EST | Actualisé 10/02/2013 05:12 EST

Dans une boîte du Caire, des jeunes racontent leur "résistance" à Morsi

"Avec Moubarak, on a vu qu'on pouvait changer les choses. On n'a plus peur", dit Inès, la voix posée malgré les décibels. Au "Nile Maxim", une boîte de nuit du Caire, les jeunes amateurs de cocktails dansent, boivent et veulent "résister" au président islamiste Mohamed Morsi.

"Bien sûr que j'irai manifester" mardi aux côtés de l'opposition à M. Morsi, assène Inès, 23 ans, qui travaille dans le cinéma.

"On a toujours résisté, que ce soit contre les militaires ou contre les islamistes. Nous continuerons", poursuit-elle dans un français impeccable acquis au Lycée français du Caire.

Perché au troisième étage d'un immense bateau accosté sur les rives du Nil, le "Nile Maxim" donne dans le clinquant: vue à couper le souffle sur le fleuve, effets lumineux sur la piste de danse, sangria et cocktails à des prix dignes d'une discothèque européenne.

La clientèle est cosmopolite, cultivée et craint que son style de vie ne soit lentement grignoté par les islamistes au pouvoir et le projet de Constitution soumis à référendum samedi.

"Je dirais qu'à 90% la Constitution ne me pose aucun problème. Ce sont les 10% restants qui sont réellement préoccupants", estime Ali El-Chalaqani, un jeune avocat d'affaires, barbe de trois jours et veste en cuir sur les épaules.

"Il n'est fait mention nulle part de justice sociale, mais surtout la Constitution va permettre à la charia (loi islamique, ndlr) d'avoir plus d'emprise sur la société", s'emporte-t-il.

Comme bon nombre de ses compatriotes, Ali avait battu le pavé des jours durant début 2011 contre le régime du président déchu Hosni Moubarak.

Aujourd'hui, rebelote, mais cette fois il se range du côté de l'opposition aux Frères musulmans et de leur bras politique, le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ) dont le président Morsi est issu.

Sous M. Moubarak, les Frères musulmans étaient interdits mais tolérés. Ils avaient rejoint timidement la révolte contre son régime début 2011, initiée principalement par des groupes de jeunes très actifs sur internet, avant de s'y rallier progressivement.

Nombre de laïcs et de libéraux avaient préféré voter pour M. Morsi en juin dernier, plutôt que de voir gagner son rival, Ahmad Chafiq, un ancien Premier ministre du raïs déchu.

"Moi, ce sont les Etats-Unis qui m'agacent. Ils veulent créer une zone tampon autour de l'Iran et des chiites, alors ils soutiennent les Frères musulmans (sunnites, ndlr). Mais je ne veux pas entrer dans leurs considérations géopolitiques!", s'indigne Karine, une jeune chrétienne qui travaille pour les Nations unies au Caire.

Avec son t-shirt à la gloire du groupe de rock britannique Pink Floyd, Moez Annabi, l'organisateur de la soirée, passe du bar aux platines, claque des bises à tout-va et s'assure que tout le monde passe un bon moment.

"Aujourd'hui, on n'a pas fait le plein parce que c'est lundi, et puis les gens sont fatigués. Ils se réservent pour la manif de demain", dit-il.

Le jeune homme raconte ses discussions avec des salafistes et les "crachats" qu'il dit avoir reçus. "Ils pensent qu'ils sont le peuple de Dieu, ils disent +toi, tu comprends rien+", souffle Moez en français.

"Tu vois tout ça, tous ces gens, cette musique? J'ai peur qu'avec les islamistes, cela ne soit bientôt plus qu'un souvenir", se désole-t-il.

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