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11/12/2012 01:34 EST | Actualisé 10/02/2013 05:12 EST

Attentats anti-alaouites meurtriers, Washington sanctionne al-Nosra

Des attentats visant un village alaouite, la minorité dont est issu le président Bachar al-Assad, ont fait 125 morts ou blessés mardi dans le centre de la Syrie, tandis que Washington inscrivait les jihadistes du Front Al-Nosra sur sa liste des groupes terroristes.

"Il n'est pas possible dans l'immédiat de savoir si les rebelles sont derrière (cette série d'attentats à la bombe), mais si tel était le cas, il s'agirait de la plus importante opération de représailles de la part des insurgés" contre des civils alaouites, a déclaré à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Il a précisé que les rebelles s'étaient emparés la semaine dernière d'un barrage de l'armée à proximité du village d'Aqrab, dans une région où cohabitent de nombreuses confessions.

"Nous appelons à la mise en place d'une commission indépendante de juristes qui pourront enquêter sur ces attaques. Nous voulons une Syrie libre et démocratique, et non une Syrie basée sur la haine confessionnelle", a lancé M. Abdel Rahmane.

Le village d'Aqrab, dans la province de Hama, près de Houla, où 108 personnes, dont 49 enfants et 34 femmes, avait été massacrés le 25 mai. L'ONU avait alors évoqué de "forts soupçons" à l'encontre des "chabbiba" (miliciens pro-régime) et avait condamné le régime.

Au lendemain de la prise par Al-Nosra d'une des dernières places fortes de l'armée dans le nord-ouest syrien, au détriment de l'Armée syrienne libre (ASL), tenue à l'écart des combats, Washington a pris des sanctions contre le mouvement, et contre les milices pro-régime.

Les Etats-Unis ont inscrit le Front Al-Nosra, une émanation selon eux d'Al Qaïda en Irak, sur leur liste des organisations terroristes étrangères et ont pris gelé les avoirs de deux de ses chefs, l'Irakien Maysar Ali Moussa Abdallah al-Joubouri et le Syrien Anas Hassan Khatab.

Sur les forums internet jihadistes, plusieurs groupes avaient déjà félicité Al-Nosra pour cette inscription.

Al-Nosra, inconnu avant le début de la révolte syrienne en mars 2011, a connu une ascension fulgurante, revendiquant la plupart des attentats suicide menés dans le pays et s'imposant sur la quasi-totalité des fronts.

Il s'est emparé lundi de la base Cheikh Souleimane, dernière garnison gouvernementale d'importance à l'ouest d'Alep (nord), où les rebelles tiennent désormais une large zone géographique, après des combats dans lesquels 36 soldats ont été tués le dernier jour, selon l'OSDH.

Mardi, toujours dans le nord du pays, de violents combats opposaient soldats et rebelles aux abords d'une des plus importantes académies militaires du pays, abritant environ 3.000 soldats, selon l'OSDH, qui a précisé que la superficie de la base nécessiterait l'engagement de milliers de combattants.

A travers le pays, les violences ont fait mardi au moins 68 morts, selon un bilan provisoire de l'OSDH, qui s'appuie sur un réseau de militants et de médecins et a recensé plus de 42.000 morts en près de 21 mois de violences.

Dans ce contexte de violences incessantes, le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé que le nombre de réfugiés syriens enregistrés dans les pays frontaliers et en Afrique du Nord avait dépassé le demi-million.

Après avoir multiplié les mises en garde sur une éventuelle utilisation d'armes chimiques par le régime de Damas, certains responsables affirmant même que l'armée syrienne avait chargé des bombes de gaz sarin, les Etats-Unis sont revenus sur leur estimation du risque.

Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a ainsi affirmé que la Syrie n'avait pris ces derniers jours aucune nouvelle mesure indiquant sa volonté de recourir à son arsenal chimique.

La France a également affirmé savoir où étaient stockées ces armes, assurant que les troupes régulières les protégeaient. Le Canada s'est pour sa part dit "inquiet" car des "actions récentes du régime" indiquaient que l'armée se préparait "à les utiliser".

A Damas, Al-Watan, quotidien proche du pouvoir à Damas, a dénoncé l'installation par l'Otan de missiles Patriot en Turquie, y voyant un prélude à "une intervention militaire" étrangère, même si Paris a réaffirmé de son côté ne "pas avoir l'intention d'intervenir en Syrie".

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