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10/12/2012 11:39 EST | Actualisé 09/02/2013 05:12 EST

L'armée malienne arrête le premier ministre et le force à démissionner

BAMAKO, Mali - Des soldats ont arrêté le premier ministre du Mali et l'ont forcé à démissionner avant l'aube mardi, montrant que les militaires détiennent encore les clés du pouvoir dans le pays même s'ils ont remis le contrôle du gouvernement aux civils après le coup d'État du mois de mars.

Ce développement montre à quel point la situation reste volatile dans la capitale du Mali, autrefois considéré comme un pays stable. Il survient alors même que les Nations unies envisagent d'appuyer une mission militaire visant à reprendre le contrôle du nord du pays tombé aux mains des islamistes, une mission qui doit se faire en collaboration avec cette même armée malienne qui a forcé le chef du gouvernement à la démission.

Le premier ministre Cheikh Modibo Diarra est apparu à la télévision nationale à 4 h du matin pour annoncer sa démission, quelques heures après que des soldats l'eurent arrêté chez lui et emmené dans un véhicule.

«Notre pays traverse une période de crise. Les hommes et les femmes qui s'inquiètent de l'avenir de notre nation espèrent la paix», a-t-il déclaré à la télévision. «C'est pour cette raison que mon gouvernement et moi démissionnons en ce jeudi 11 décembre 2012. Je m'excuse auprès de toute la population du Mali.»

Après avoir enregistré sur vidéo la démission du premier ministre, les soldats lui ont permis de rentrer chez lui et l'ont placé en résidence surveillé, a précisé le porte-parole de la junte, Bakary Mariko.

Le gouvernement reste techniquement sous le contrôle du président par intérim, Dioncounda Traoré, qui a attendu près de 24 heures après l'arrestation de M. Diarra avant de s'adresser à la nation. Tard mardi soir, il a nommé un fonctionnaire expérimenté, Django Sissoko, comme nouveau premier ministre. M. Sissoko était jusqu'ici l'ombudsman de la république et il a déjà été responsable de l'administration du palais présidentiel.

Ces bouleversements menacent les projets d'intervention militaire dans le nord du Mali, qui font l'objet de discussions cette semaine aux Nations unies. L'Union africaine a accepté un plan visant à déployer 3300 soldats africains au Mali pour aider l'armée malienne à reprendre le contrôle du nord du pays, tombé aux mains de rebelles islamistes liés à Al-Qaïda dans le chaos ayant suivi le coup d'État du 21 mars dans la capitale.

Les États-Unis et la France ne s'entendent pas sur la meilleure manière de procéder. La France souhaite une intervention rapide, tandis que les États-Unis favorisent une approche plus graduelle qui commencerait par des négociations.

La démission forcée de M. Diarra risque de rendre les pays occidentaux plus réticents à s'impliquer dans une incursion militaire, a prévenu mardi le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle.

«Une chose est certaine: notre offre d'aide devra s'accompagner d'un retour crédible à l'ordre constitutionnel au Mali», a-t-il déclaré dans un communiqué. «Ce n'est que de cette façon que la crise dans le nord du Mali peut être résolue. (...) Tous les leaders politiques du pays doivent maintenant agir de façon responsable afin que le Mali retrouve la stabilité.»

Quelques heures avant sa démission forcée, Cheikh Modibo Diarra avait été arrêté chez lui. Vers 22 h lundi soir, il a été contraint de monter dans un véhicule et a été conduit au camp militaire de Kati, d'où le coup d'État du 21 mars avait été lancé. Un policier et un agent du renseignement ont confirmé que le chef des putschistes, le capitaine Amadou Haya Sanogo, avait ordonné l'arrestation du premier ministre.

Au moment de son arrestation, M. Diarra, âgé de 60 ans, se préparait à partir à Paris pour une visite médicale, a déclaré le policier, qui a réclamé l'anonymat parce qu'il n'était pas autorisé à s'adresser à la presse.

La capitale malienne, Bamako, était relativement calme mardi. Les citoyens vaquaient à leurs occupations habituelles, mais plusieurs étaient profondément déçus de l'évolution de la situation dans leur pays considéré jusqu'à tout récemment comme un modèle de démocratie. Certains parlaient d'un «mini-coup d'État».

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