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09/12/2012 01:44 EST | Actualisé 08/02/2013 05:12 EST

Les islamistes s'emparent d'une partie de la base syrienne cheikh Souleimane

Des radicaux islamistes ont conquis dimanche une grande partie de la base militaire de cheikh Souleimane, assiégée depuis plusieurs semaines par des rebelles dans le nord-ouest de la Syrie, prenant de vitesse les unités de l'Armée syrienne libre (ASL) participant au siège.

Le drapeau noir des islamistes, frappé du sceau des prophètes, flotte au-dessus d'un des bâtiments pris le matin même, qui leur sert de poste de commandement avancé.

En fin d'après-midi, les combats se poursuivaient à l'arme légère pour conquérir le reste de la caserne, située à 12 km au nord-ouest d'Alep, et qui s'étend sur plusieurs kilomètres carrés de collines caillouteuses.

Il s'agit de la dernière garnison gouvernementale d'importance à l'ouest d'Alep, la métropole du nord, dans une région désormais presque entièrement sous contrôle rebelle.

Un grand nombre de combattants sont des étrangers, arabes ou originaires du Caucase. L'un de leurs chefs est un Ouzbek se faisant appeler Abu Talha, que le journaliste de l'AFP avait déjà croisé dans la région. Très hostile à la présence de journalistes, ils ont refusé de préciser à quel groupe ils appartiennent.

"Ici nous sommes tous musulmans", a lancé Abu Talha, interdisant l'accès de la zone des combats à quiconque n'est pas membre de son groupe.

Une colonne de combattants presque tous vêtus de noir pouvait être vue, à quelques centaines de mètres de là, montant au front, mitrailleuse lourde à l'épaule et chargés de caisses de munitions.

Aucun membre de l'ASL ne participait aux combats dans la zone visitée par l'AFP. Les seuls combattants de l'ASL présents étaient quelques hommes des villages voisins, tenus à l'écart par les jihadistes, qui se contentaient de regarder le champ de bataille à la jumelle.

"Les islamistes ont pris de court les combattants de l'ASL en attaquant seuls samedi soir la caserne", a reconnu un membre local de l'ASL: "nous nous sommes faits doubler".

Quelques unités isolées de l'ASL ont par la suite rejoint l'assaut, notamment le groupe d'Abu Jalal venu de Darret Ezza, selon une source rebelle.

Les combats ont débuté samedi en début de soirée et ont duré toute la nuit, selon des habitants des villages voisins.

Les assaillants se sont emparés d'une grande quantité de matériels, notamment des mortiers, des canons lourds et une dizaine de batteries anti-aériennes, ramenés à l'arrière vers la localité de Bishqatin. "Il reste encore beaucoup d'armes à prendre sur la base", a expliqué l'un d'eux, au côté d'un Daguestanais et d'un asiatique s'exprimant en russe.

"Nous avons eu des martyrs, mais l'ennemi a eu au moins une cinquantaine de tués", a affirmé ce combattant.

Selon lui, les officiers et les soldats loyalistes se sont retranchés dans le "centre de recherche scientifique de la base" et certains portaient des masques à gaz.

Le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) Rami Abdel Rahmane avait annoncé dans la matinée que des rebelles islamistes "s'étaient emparés dimanche matin après de violents combats du poste de commandement du bataillon 111 et des postes de trois compagnies".

Citant des prisonniers, M. Abdel Rahmane a indiqué que 140 militaires se sont réfugiés dans le centre de recherche scientifique de la base. Il a précisé qu'il doutait que ce centre contienne des armes chimiques.

Samedi, un commandant de l'ASL de la région, cheikh Azam Ajamar, avait affirmé que ses troupes n'allaient pas attaquer avec des armes lourdes pour ne pas endommager le centre de recherche, évoquant "une forte probabilité pour qu'il y ait des armes chimiques".

Les trois principales brigades de l'ASL faisant le siège de la base, les brigades Nourredine Zinki, Al-Beït et Al-Ansar, unités elles-mêmes à forte composante islamiste, ont été prises de vitesse par les groupes jihadistes participant au siège, selon des sources concordantes.

Le scénario est presque le même que pour la Base 46, autre garnison à l'ouest d'Alep dont les rebelles s'étaient emparés après des mois de siège, mettant la main par la même occasion sur une grande quantité de matériels, dont des missiles sol-air.

Un groupe islamiste parmi les sept unités faisant le siège de cette base avait attaqué et pris ainsi tous les autres groupes de vitesse, précipitant l'assaut général.

L'assaut de la base militaire de cheikh Souleimane intervient deux jours après l'annonce de la création d'un nouveau commandement chapeautant la plupart des groupes insurgés, à l'exception des islamistes d'Ahrar al-Sham et des jihadistes du Front al-Nosra, très combatifs et en passe de s'imposer comme le fer de lance de la rébellion.

hba/cnp