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09/12/2012 11:34 EST | Actualisé 08/02/2013 05:12 EST

Egypte: le président Mohamed Morsi s'est surestimé

Le président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, a fait un mauvais calcul en s'octroyant des pouvoirs exceptionnels et en tentant de faire passer une nouvelle Constitution malgré les protestations de l'opposition, estiment des analystes.

Sa reculade samedi sur le décret hautement controversé qui plaçait son action hors d'atteinte de la justice l'a prouvé avec d'autant plus d'éclat que l'influente armée l'a sommé, lui et l'opposition, de "dialoguer" quelques heures plus tôt, faute de quoi l'Egypte s'enfoncerait dans un "sentier obscur".

L'institution militaire a sans aucun doute souhaité "faire passer le message qu'elle n'était plus en mesure de préserver la stabilité et qu'il (M. Morsi) devait se résoudre à faire des concessions à l'opposition", estime Wayne White, analyste au Centre de politique sur le Moyen-Orient, un cercle de réflexion basé à Washington.

Mais le message de l'armée s'adressait "tant aux Frères musulmans (dont est issu M. Morsi) qu'aux forces libérales" de l'opposition, souligne Hassan Nafaa, un éditorialiste égyptien.

Reste le référendum sur le projet de nouvelle Constitution prévu le 15 décembre, autre cheval de bataille des détracteurs du chef de l'Etat.

Ils y voient une tentative d'islamiser davantage l'arsenal législatif égyptien et de restreindre les libertés, en particulier d'expression et de religion.

Sur le référendum et sa date, le président n'a pas bougé d'un iota. Et analystes et observateurs pensent que le texte a de fortes chances d'être adopté, en grande partie grâce aux moyens dont les Frères musulmans disposent pour mobiliser l'électorat.

"Les Frères musulmans pensent qu'ils ont une majorité suffisante pour remporter le référendum", juge Eric Trager, spécialiste de l'Egypte à l'Institut d'études politiques du Proche-Orient à Washington.

Mais, prévient-il, si c'était le cas, cela "plongerait l'Egypte dans une longue phase d'instabilité".

Mohamed Morsi pèche surtout par son inexpérience du pouvoir. Et dans l'Egypte de l'après-Hosni Moubarak, lui et les Frères musulmans se sont positionnés comme seuls et uniques gardiens d'une démocratie naissante.

"L'erreur de Morsi c'est d'avoir pensé que tout le monde a interprété les résultats de l'élection présidentielle (de mai-juin, NDLR) de la même façon que les Frères musulmans", assène Steven Cook dans le magazine Foreign Affairs.

"En d'autres termes, ils ont pensé que lui et son parti pouvaient se prévaloir d'un mandat qui leur permettait de gouverner en ne faisant pas grand cas des opinions contraires aux leurs", souligne-t-il.

Les deux longues semaines de confrontations, parfois violentes, entre pouvoir et opposition n'ont fait qu'accentuer la méfiance ressentie par les deux camps. Et pour qu'une amorce de dialogue ait lieu, M. Morsi et les Frères musulmans, et l'opposition, ramassée notamment sous la bannière du Front de salut national (FSN), qui regroupe les libéraux et la gauche, devront surmonter leurs barrières idéologiques.

Mais au final, rappelle Shadi Hamid, directeur de recherches au Centre Brookings de Doha (Qatar), la crise "ne concerne pas vraiment Morsi et son décret surprise". Il en va plutôt de la question fondamentale: l'Egypte doit-elle devenir plus islamiste ou garder des fondamentaux neutres? s'interroge-t-il dans un article publié sur le site du Centre Brookings.

Le projet de "Constitution contient certes quelques articles à l'arrière-goût islamiste, mais c'est en grande partie un document médiocre et quelque peu ennuyeux, basé sur la Constitution de 1971, elle-même médiocre", juge M. Hamid.

"Les islamistes et les non-islamistes se détestent, mais, dans le fond, leurs différends pourraient être bien plus profonds", poursuit-il.

"Mais à plus longue échéance, le consensus que tant de personnes semblent rechercher, et espérer, pourrait n'être qu'un voeu pieux", conclut M. Hamid.

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