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08/12/2012 04:56 EST | Actualisé 06/02/2013 05:12 EST

Tunisie: un businessman ex-ami de Ben Ali dans le collimateur des islamistes

L'homme d'affaires tunisien Kamel Eltaïef, ancien ami du président déchu Ben Ali devenu proche de l'opposition, accuse des responsables du pouvoir de vouloir lui intenter un procès politique et affirme être dans le collimateur de milices islamistes.

"Des responsables du parti islamiste Ennahda (au pouvoir) et ses alliés de gauche veulent m'envoyer en prison pour des raisons purement politiques", déclare dans un entretien avec l'AFP M. Eltaïef, réputé pour être un personnage très influent de la vie politique avant et après la révolution de janvier 2011.

Interdit de voyage en novembre dernier après l'ouverture d'une enquête pour "complot contre la sûreté de l'Etat", M. Eltaïef se dit "victime d'un procès politique, le premier en Tunisie depuis la chute de Ben Ali", selon lui.

Son jugement est réclamé samedi à grand bruit par des associations proches du pouvoir alors que la procédure judiciaire lancée à son encontre s'appuie sur des écoutes téléphoniques et la plainte d'un avocat, ancien cadre au ministère de Intérieur sous Ben Ali.

"Mon interdiction de voyage est arbitraire, sans fondement juridique", déplore l'homme dénonçant une "violation des droits de l'Homme".

M. Eltaïef affirme s'être attiré des ennuis en raison de ses liens avec l'opposition.

"Ils m'en veulent parce que je cherche à consolider l'opposition pour créer un grand front républicain", ajoute-t-il, se présentant comme "un homme politique indépendant, un patriote".

Niant tout financement de partis, il déclare avoir mené une "lutte acharnée" contre Ben Ali et oeuvré, "loin des projecteurs", pour la transition démocratique post-révolution.

Kamel Eltaïef a longtemps été l'éminence grise de Ben Ali avant de tomber en disgrâce en 1992 pour inimitié avec Leila Trabelsi, l'épouse du président déchu.

Féru de politique, l'homme d'affaires s'est ensuite rapproché de l'opposition et avait conservé ses entrées au ministère de l'Intérieur sous le gouvernement intérimaire de l'ex-Premier ministre Béji Caïd Essebsi, devenu depuis le populaire chef du parti Nidaa Tounès.

M. Eltaïef est particulièrement ciblé par la Ligue de protection de la révolution, une milice pro-pouvoir qui se donne pour mission de défendre les objectifs de la révolution et qui a appelé à un rassemblement samedi pour exiger son jugement.

Hichem Kanou, un responsable de cette association, a indiqué que celle-ci réclamait le jugement de M. Eltaïef, "en tant que principal symbole de corruption depuis le règne de Ben Ali".

De son côté, l'homme d'affaires accuse cette association d'avoir attaqué récemment son domicile dans une banlieue chic de Tunis. "Je suis en danger, ainsi que ma famille et le gouvernement a la responsabilité de veiller à notre sécurité, surtout après les campagnes de dénigrement par médias interposés", se plaint-il.

"Avant 1992, Ben Ali me consultait en effet pour chaque nomination et il m'a appelé le jour de sa fuite", affirme M. Eltaïef qui compte actuellement parmi ses amis M. Essebsi et Néjib Chebbi, chef du Parti républicain.

Après sa rupture avec Ben Ali, l'homme avait été condamné à un an de prison ferme pour "simulation d'infraction" et "atteinte aux bonnes moeurs", une peine finalement commuée en un an avec sursis.

Kamel Eltaïef était parmi les organisateurs du coup d'Etat médical qui a écarté du pouvoir le premier président tunisien Habib Bourguiba pour sénilité en 1987.

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