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08/12/2012 05:37 EST | Actualisé 07/02/2013 05:12 EST

Égypte: des modifications au controversé projet de constitution sont suggérées

LE CAIRE, Égypte - Les membres d'un comité présidentiel du dialogue ont recommandé qu'un référendum sur le controversé projet de constitution en Égypte soit tenu dans les délais impartis, mais que le président renonce à certains pouvoirs qu'il s'est arrogés.

Cette déclaration émise samedi survient après qu'une rencontre multipartite eut été boycottée par les principaux leaders de l'opposition qui s'opposaient au référendum. Elle ne suggérait pas que le président égyptien Mohammed Morsi réponde favorablement aux demandes d'annulation du référendum prévu le 15 décembre.

Des manifestants faisant partie de l'opposition participaient à une occupation assise devant le Palais présidentiel, et prônaient la tenue de nouvelles manifestations dimanche.

Selin al-Awa, un islamiste présent à la réunion, a confié que le comité avait découvert qu'un changement de la date du référendum irait à l'encore de décisions prises antérieurement. Cependant, le comité a recommandé le retrait d'articles garantissant au président des pouvoirs lui permettant de déclarer l'état d'urgence, tout en le protégeant d'éventuelles poursuites judiciaires. Les membres du comité ont affirmé que M. Morsi avait approuvé les recommandations.

Cette décision risque de ne pas apaiser l'opposition, puisqu'elle propose malgré tout de tenir le référendum sur cette nouvelle constitution. Les décrets adoptés par le président, lui octroyant justement les pouvoirs que le conseil suggère de retirer de la future constitution, devaient être annulés après un résultat positif lors du référendum. La majorité des 54 membres du comité présidentiel sont des islamistes.

Plus tôt, samedi, l'armée égyptienne avait lancé un avertissement à l'appareil civil, menaçant de «conséquences désastreuses» si la crise politique qui secoue le pays n'était pas réglée.

Selon elle, un dialogue sérieux est «le meilleur et le seul» moyen pour sortir de la crise, et mettre fin aux violents affrontements déchirant le pays.

Un porte-parole de l'armée a lu un communiqué à la télévision d'État. Il a dit «que «toute autre solution (au dialogue) mènera le pays vers un trou noir. Les conséquences seraient désastreuses, ce que (l'armée) ne permettra pas.

La possibilité que l'armée désire de nouveau tenter de diriger un pays divisé par les tensions politiques et les problèmes économiques est relativement improbable.

Plusieurs estiment cependant que cette déclaration d'intention laisse planer le risque d'une intervention temporaire et limitée pour sauver la nation de troubles civils, si le besoin s'en fait sentir.

Chez les Frères musulmans, le porte-parole Mahmoud Ghozlan a dit voir cette déclaration comme une preuve d'appui du président Morsi, mais a déploré le retour de l'armée dans l'arène politique.

«Nous n'acceptons pas l'ingérence de l'armée», a-t-il dit.

Mohammed Waked, un militant bien connu du Front national pour la justice et la démocratie, et un vétéran de la révolte contre le régime d'Hosni Moubarak, a pour sa part indiqué que toute tentative du retour de l'armée au pouvoir serait d'abord couronnée de succès en raison de la forte crainte de violences.

«Nous nous y opposerons, mais il y a une portion de plus en plus grande de la population qui est désormais prête à l'accepter qu'auparavant, a-t-il ajouté. C'est entre les mains de [M.] Morsi.»

Selon l'expert Abdullah el-Sinawi, proche de l'armée, la déclaration se voulait plutôt un avertissement adressé au président et à ses partisans islamistes afin de les pousser à conclure une entente avec leurs opposants pour éviter l'effondrement de l'appareil sécuritaire national.

«Nous ne voulons pas de coup d'État, et l'armée elle-même ne veut pas revenir en politique. Mais si elle est forcée d'agir pour rétablir la sécurité, elle le fera, a-t-il dit. Le tout dépend de M. Morsi.»

Samedi toujours,le vice-président a laissé entendre que le référendum pour l'approbation de la nouvelle constitution, qui devait se dérouler le 15 décembre, pourrait être reporté.

Les principaux meneurs de l'opposition ont refusé de participer à la rencontre, affirmant que le dialogue ne pourra reprendre lorsque M. Morsi annulera ses décrets et le référendum. La plupart des personnes ayant participé à la rencontre étaient des islamistes à l'exception du libéral Ayman Nour.

Au moins trois personnes ont quitté la rencontre peu après son début.

«C'était une conversation à sens unique», a déclaré l'un d'eux, l'avocat Ahmed Mahran. Il a accusé les conseillers du président Morsi de ne pas vouloir écouter les participants.

L'armée, qui a déjà été toute puissante, qui a assumé le pouvoir de façon temporaire après la chute du régime Moubarak, s'est tenue à l'écart de la scène politique depuis l'élection de M. Morsi.

Par ailleurs, le leader spirituel des Frères musulmans a exhorté les Égyptiens à mettre fin aux violences dans le pays, estimant que la crise politique actuelle doit être réglée par la diplomatie.

Mohammad Badie a réitéré que les Frères musulmans n'étaient pas à l'origine des violences survenues plus tôt cette semaine près du palais présidentiel et qui ont coûté la vie à six personnes.