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08/12/2012 07:15 EST | Actualisé 07/02/2013 05:12 EST

Crise du pain dans la plupart des régions syriennes

Le pain se fait de plus en plus rare dans la plupart des régions de Syrie, déchirée par une guerre civile, privant la population de la base de son alimentation, selon des militants et des habitants.

Dans un pays où les habitants font déjà face depuis des mois à des pénuries d'électricité, de gaz et surtout de médicaments, le gouvernement a reconnu de fait la crise et assuré prendre des mesures.

C'est dans la Vieille ville de Homs (centre), assiégée depuis six mois par l'armée, que la situation est la plus dramatique.

"Nous devons utiliser de la farine périmée pour faire du pain. Mais nous avons dû en jeter un tiers, infesté de vers, et il n'y a pas de levure. Quant à l'eau, nous devons filtrer de l'eau stagnante car nous n'avons plus d'eau courante", raconte à l'AFP via Skype Abou Khaled, 30 ans.

Pour Abou Bakr, un autre habitant de la ville, "le pire, ce sont les gens qui ont des problèmes de santé, comme du diabète ou des insuffisances rénales". "Ils mangent du blé concassé et des tomates séchées, mais pour combien de temps encore? Même la nourriture que nous trouvions dans les maisons abandonnées par ceux qui ont fui commence à manquer".

Dans la banlieue de Damas, où les combats entre armée et rebelles font rage, l'accès au pain est aussi une bataille quotidienne.

Ainsi à Daraya, "l'armée avait installé un barrage près d'une boulangerie, empêchant l'accès des clients. Quand elle s'est retirée, nous sommes allés chercher de la farine avant que l'armée ne revienne pour bombarder ou brûler la boulangerie et détruire ses stocks comme à son habitude", raconte Abou Kinan, un militant joint via Skype par l'AFP.

Même à Jaramana, une banlieue pro-régime, Mohammed affirme attendre "deux à trois heures" devant la boulangerie. "Je fais la queue la nuit pour ne pas perdre des heures de travail", explique ce chauffeur de taxi à l'AFP.

"J'achète un sac d'une quinzaine de pains pour 15 livres syriennes (0,16 dollars au marché noir). Il y a des gens qui en achètent pour les revendre aussitôt devant la boulangerie à 50 livres", ajoute-t-il.

Dans la province de Raqa (nord), où des dizaines de milliers de déplacés sont venir grossir la population, "la situation humanitaire est très mauvaise", estime Thaër al-Raqqi, un militant joint via Skype par l'AFP. "Le pain, quand on peut en trouver, coûte aujourd'hui deux dollars".

Plus à l'ouest, les habitants d'Alep, déchirée depuis juillet par une guérilla urbaine, et de sa région ne trouvent plus de pain depuis près d'une semaine.

Abdel Karim al-Sayed, propriétaire d'une compagnie de transport, a annoncé samedi qu'avec deux autres hommes d'affaires de la ville, il allait acheter dimanche 10.000 paquets de pain à Beyrouth pour les envoyer par la route à Alep.

"C'est un test pour les deux côtés (le régime et les rebelles) pour voir s'ils sont sérieux quand ils disent qu'il veulent aider la population ou au contraire, ils veulent faire pression sur elle en la privant de pains", a-t-il dit.

"Il s'agit d'une première étape car c'est bien sûr insuffisant. Nous allons apporter aussi de la farine pour les boulangers", a déclaré Fares al-Chehabi, président de la Chambre d'Industrie d'Alep, appelant à une multiplication de ce genre d'initiatives.

Dans la ville, la pénurie et la flambée des prix touchent tout particulièrement les familles nombreuses, selon Daoud, la vingtaine, qui habite dans le quartier de Seryane al-Qadim.

"La boulangerie du quartier n'a pas fonctionné depuis (une semaine) à cause d'une pénurie de farine et de carburant, affectant les nombreux habitants du quartier et tous les déplacés", explique-t-il.

Et "même s'il reste une boulangerie étatique qui vend du pain près de chez moi, il est impossible d'y accéder à cause des combats", souligne Moustafa, père de cinq enfants. Selon lui, "l'arrêt des boulangeries a permis à quelques commerçants de proposer à 200 livres les sachets vendus officiellement à 15 livres".

Pour Abou Samer, propriétaire d'une boulangerie à Alep, le prix du pain suit les hausses de prix du carburant, qui a été multiplié par quatre sur le marché noir, et de la farine, importée de Turquie et également vendue au marché noir.

Et la crise risque de durer "car des hommes armés ont pris des silos au sud et à l'ouest d'Alep", affirme-t-il.

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