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07/12/2012 07:50 EST | Actualisé 06/02/2013 05:12 EST

Le Canada va limiter le rachat de ses pétroliers par des groupes étrangers

Le Canada a annoncé vendredi qu'il allait limiter le rachat de groupes canadiens --notamment pétroliers-- par des sociétés publiques étrangères, après avoir autorisé le même jour l'acquisition de deux sociétés canadiennes d'énergie par des groupes chinois et malaisien.

Après avoir prolongé deux fois sa période de réflexion, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a finalement donné son feu vert vendredi à l'acquisition de la société pétrolière canadienne Nexen par le géant chinois CNOOC pour 15,1 milliards de dollars.

De même, après avoir d'abord refusé en octobre de voir le géant énergétique malaisien Petronas mettre la main sur Progress Energy, spécialisé dans l'exploitation de gaz naturel non conventionnel, Ottawa a finalement approuvé la transaction de 5,2 milliards de dollars.

Mais en annonçant les deux ventes, le Premier ministre Harper a averti qu'elles marquaient la fin d'une époque: "Lorsque nous disons que le Canada est ouvert aux affaires, nous ne voulons pas dire que le Canada est à vendre aux gouvernements étrangers".

Député de Calgary, la capitale pétrolière du pays, M. Harper a fait valoir lors d'une conférence de presse au Parlement que le contrôle des sables bitumineux "par d'autres compagnies (...) et par des gouvernements étrangers" avait atteint un point où "davantage de contrôle (...) n'est pas à l'avantage du Canada."

A l'avenir, la prise de contrôle, par une société publique étrangère, d'une entreprise canadienne spécialisée dans les sables bitumineux "ne sera permise que lors de circonstances exceptionnelles" qui feront l'objet d'une évaluation au cas par cas, a précisé M. Harper.

Ottawa va plus loin et modifie même les règles entourant les investissements étrangers dans le pays, hors hydrocarbures. Le seuil en termes de valeur, au-delà duquel l'acquisition d'une société privée canadienne par une société privée étrangère est soumise à autorisation, sera resserré et atteindra d'ici quatre ans un milliard de dollars.

Et quand l'acheteur sera une société d'Etat, le seuil restera fixé à 330 millions de dollars.

Pékin a multiplié ces dernières années les achats de sociétés pétrolières canadiennes, mais les 15,1 milliards déboursés par CNOOC marquent de loin la plus importante de ces transactions.

Propriété du gouvernement chinois, CNOOC rachète ainsi la dixième entreprise canadienne du secteur.

Et le cabinet de M. Harper --qui a fait du patriotisme canadien un de ses chevaux de bataille depuis son arrivée en 2006-- était dans l'embarras car une majorité de Canadiens refuse de voir la deuxième puissance de la planète mettre la main sur Nexen, qui détient des actifs dans les sables bitumineux de l'Alberta.

Cette province de l'Ouest du pays abrite la troisième réserve de pétrole de la planète, derrière le Venezuela et l'Arabie saoudite.

Le pétrole albertain est toutefois présent sous une forme non-conventionnelle, un mélange sablonneux qui nécessite beaucoup d'eau pour être extrait (deux barils d'eau pour un baril de brut produit), ce qui participe à son image de pétrole très polluant.

C'est avec la flambée des cours du brut, de la fin des années 1990 au début 2000, que les réserves canadiennes --estimées à environ 170 milliards de barils-- ont commencé à réellement intéresser le marché.

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