NOUVELLES
07/12/2012 09:00 EST | Actualisé 06/02/2013 05:12 EST

Khaled Mechaal, un chef du Hamas à plusieurs vies

Longtemps considéré comme un radical, le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, en visite inédite à Gaza, a évolué vers des positions plus pragmatiques, en se ralliant à l'idée d'un Etat palestinien à côté d'Israël.

"Ceci est ma troisième naissance, après ma naissance naturelle, en 1956, et ma deuxième naissance après la tentative israélienne de m'assassiner en 1997 en Jordanie", a-t-il déclaré à son arrivée à Gaza vendredi.

Agé de 56 ans, d'abord affable, cet ancien professeur de physique à la chevelure poivre et sel et aux grands yeux noirs, auquel ses admiratrices trouvent des airs de George Clooney, naît à Silwad, près de Ramallah en Cisjordanie.

Il prend avec sa famille le chemin de l'exil après la guerre israélo-arabe de 1967. A l'université du Koweït, Khaled Mechaal découvre l'islamisme et participe à la création en 1987 du Hamas, issu des Frères musulmans.

Il quitte le Koweït en 1990 pour la Jordanie. En 1996, il devient chef du bureau politique du Hamas à la suite de l'arrestation aux Etats-Unis de Moussa Abou Marzouk, titulaire du poste.

Le 25 septembre 1997, Khaled Mechaal accède malgré lui à la notoriété internationale en raison d'une rocambolesque tentative d'assassinat, et reste à son poste malgré la libération de Moussa Abou Marzouk.

Cinq agents israéliens se faisant passer pour des touristes canadiens tentent de le tuer à Amman. Mais deux sont arrêtés et les trois autres se réfugient à l'ambassade d'Israël.

Face à la colère du défunt roi Hussein de Jordanie, Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre, devra présenter des excuses publiques, fournir l'antidote et autoriser la libération et le retour à Gaza du chef spirituel du Hamas, cheikh Ahmad Yassine.

Après une brouille avec la Jordanie, le bureau politique quitte Amman pour Damas en 1999. C'est là que Khaled Mechaal se retrouve en 2004 propulsé à la tête du mouvement après l'assassinat par Israël à Gaza de cheikh Yassine puis de son successeur Abdelaziz al-Rantissi.

Victorieux aux élections législatives de 2006 mais boycotté par la communauté internationale, le Hamas s'affronte en juin 2007 au Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas. Le conflit se solde par la division entre Gaza et la Cisjordanie, gouvernés respectivement par le mouvement islamiste et l'Autorité palestinienne.

Brillant orateur, Khaled Mechaal profite de sa liberté de mouvement en exil pour parcourir le monde arabo-musulman.

Proche de la Syrie et de l'Iran, qui lui apportent un soutien politique et financier, il apparaît comme un représentant de l'aile dure du mouvement.

En avril 2011, Mahmoud Abbas se déclare "prêt à aller demain à Gaza", à l'invitation du chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh. Un mois plus tard, il accuse M. Mechaal et la direction en exil de bloquer la réconciliation, sous influence de l'Iran.

Le 27 avril 2011, c'est pourtant Moussa Abou Marzouk qui signe avec le Fatah au Caire un accord de réconciliation surprise. Par la suite, Khaled Mechaal multiplie les déclarations conciliantes, qui font grincer des dents parmi les dirigeants du Hamas à Gaza.

Il se dit ainsi prêt à "donner une chance" aux négociations avec Israël puis se prononce pour la "résistance populaire pacifique", sans aller jusqu'à renoncer à la lutte armée, après un tête à tête de près de deux heures avec M. Abbas.

"Il n'y a pas d'autre voie que de nous entendre, d'autant plus que nous sommes en plein +Printemps arabe+ et que les vents du changement soufflent sur la région", déclare-t-il à l'AFP.

Parallèlement, le mouvement prend ses distances avec la Syrie, en raison de la répression de la révolte, quittant discrètement Damas, Mechaal pour Doha et Abou Marzouk pour Le Caire.

Contesté, Khaled Mechaal exprime en 2012 l'intention d'abandonner les rênes du Hamas.

bur-sst/agr/cnp