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07/12/2012 05:21 EST | Actualisé 06/02/2013 05:12 EST

Dans la Syrie rebelle, portraits croisés de jihadistes étrangers

Ils fuient les journalistes comme la peste, mais difficile de ne pas croiser leur chemin: au front ou dans les bases-arrière de la rébellion, les jihadistes étrangers sont visibles presque partout dans le nord-ouest de la Syrie "libérée".

"Les militants étrangers sont aujourd'hui plus directement impliqués dans le conflit aux côtés des insurgés syriens", un phénomène que ces derniers bien souvent "démentent ou tentent de minimiser", constate International crisis group (ICG) dans un récent rapport.

Ces volontaires étrangers "combattraient pour la plupart au sein des factions salafistes de l'insurrection", selon ICG. "Mais le secret entourant leurs activités rend extrêmement difficile d'évaluer avec certitude leur nombre, localisation et véritable influence".

Au hasard de plusieurs mois de reportages dans la province d'Idleb (nord-ouest), l'AFP a rencontré quelques-uns de ces soldats du jihad mondial.

Le voyage pour la "guerre sainte" commence généralement dès la Turquie voisine, précisément à Antakya (sud), l'ancienne cité d'Antioche.

Une simple visite dans les ruelles du vieux bazar ou dans les hôtels à bas-prix près de la gare routière, et vous croiserez sûrement la route de jeunes barbus visiblement pas du coin.

Comme ces trois mastards body-buildés, aperçus un jour de septembre, en uniforme pimpant de salafiste, djellaba nord-africaine et pantalon blanc immaculé coupé au niveau des mollets.

Leurs chaussures trekking flambant neuves, leurs sacs à dos de marque et leurs montres commando trahissent infailliblement leur statut d'Européen converti. Leur accoutrement attire d'ailleurs tous les regards dans le bazar de la très cosmopolite Antakya, recette infaillible pour se faire repérer par les services de renseignements turcs...

Les candidats au jihad se font aujourd'hui plus discrets. On les retrouve dans la ville frontalière de Reyhanli, d'où les trafiquants les guident clandestinement vers la Syrie, jusqu'au village d'Atme, poumon de la rébellion et "hub" incontournable pour les étrangers.

L'AFP a traversé illégalement les barbelés de la frontière dans les oliveraies en compagnie de l'un d'eux, Egyptien taiseux mais pas hostile, qui lâchera simplement être venu "aider ses frères musulmans".

Anas l'Algérien, 26 ans et déjà vétéran des maquis de Kabylie et du Cachemire, combat au sein d'une unité de l'Armée syrienne libre (ASL), contrôlée en sous-main par le groupe jihadiste du Front al-Nosra, autour de la localité de Harem. Trop heureux de "pouvoir enfin parler français", il tombe dans les bras du journaliste de l'AFP.

Abdel Taha, lui, se dit militant du redouté Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO). Ce trentenaire de petite taille, et quelques poils au menton, participe au siège de la base Cheikh Souleimane, près d'Alep, au sein d'une brigade islamiste.

L'homme ne parle ni anglais ni arabe, s'exprime dans un sabir qui fait éclater de rire ses camarades, où il est question de "tuer les chrétiens et les mécréants". Il interroge le nouveau-venu d'un inquiétant regard mi-ironique mi-menaçant: "tu es musulman?".

Dans la ville de Maaret al-Noomane, écrasée sous les bombes de l'armée, un Libyen aux traits presque africains accueille le journaliste sur la ligne de front en lançant "parli italiano?", pour disparaître aussitôt dans la fournaise des combats.

Dans les montagnes du Jebel Akrad, ce sont quatre Saoudiens qui sont en charge notamment de la propagande sur internet pour plusieurs katibas (bataillons) islamistes, dont l'incontournable Front al-Nosra. La bande occupe un appartement abandonné dans le bourg de Salma. Un lance-roquette est posé dans un coin du salon, près du Coran. Qu'êtes vous venu faire en Syrie?: "du tourisme...".

A Atme, installez-vous dans une échoppe de kebab sur la route principale du village, et vous croiserez immanquablement des hommes en tenue noire, parlant anglais, à la peau très mate, est-africains, ou au contraire européens.

Ceux-là, inutile d'essayer de leur parler. Ils sortent d'un QG du Front al-Nosra, maison discrète dans une ruelle à quelques pas de là.

Le 30 novembre, ils étaient plus d'une centaine rassemblés devant la mosquée, sous une marée de drapeaux noirs, à l'issue d'un prêche mené par un imam palestinien pour convaincre les habitants des bienfaits de la présence des jihadistes étrangers.

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