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06/12/2012 12:25 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

Tunisie: quatre régions en grève, islamistes et syndicalistes en conflit

Quatre régions de Tunisie dont Sidi Bouzid, berceau de la révolution, sont en grève jeudi, alors qu'un bras de fer entre islamistes au pouvoir et syndicalistes doit culminer avec un débrayage national le 13 décembre dans un contexte de crise politico-sociale.

Outre Sidi Bouzid (centre-ouest), sa voisine Kasserine observe le débrayage, tout comme Gafsa, une région minière théâtre de conflits sociaux récurrents, et Sfax (sud), dont la capitale éponyme est la deuxième ville du pays.

Ces gouvernorats sont réputés instables, notamment ceux du centre-ouest marginalisés économiquement. Les affrontements y ont été particulièrement intenses durant la révolution qui avait débuté en décembre 2010 à Sidi Bouzid avec l'immolation d'un vendeur ambulant excédé par la misère et les brimades policières.

Les grèves visent à dénoncer une attaque mardi à Tunis de militants islamistes pro-pouvoir contre le principal syndicat, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT).

Une grève générale fin novembre à Siliana, une ville déshéritée au sud-ouest de Tunis, avait dégénéré en plusieurs jours d'affrontements avec la police, faisant 300 blessés.

L'essentiel des institutions publiques et privées des quatre régions étaient fermés jeudi matin, ont constaté les journalistes de l'AFP, et seules quelques boutiques et cafés de quartier étaient ouverts en matinée.

Des centaines de manifestants ont défilé à Sidi Bouzid, scandant des slogans anti-Ennahda, le parti islamiste qui dirige le gouvernement.

"Nous réclamons la démission du gouvernement", "Ennahda a vendu la Tunisie", "Vive l'UGTT, la plus grande force dans le pays", criaient les protestataires.

Le même scénario s'est répété à Gafsa où la grève a été suivie à 95%, selon l'UGTT.

Ces actions régionales sont un prélude au débrayage national annoncé par le syndicat pour le 13 décembre afin de dénoncer l'attaque de son siège, alors que les islamistes accusent en retour l'UGTT d'avoir provoqué les heurts.

La Confédération générale tunisienne du travail (CGTT), syndicat de gauche né après la révolution, s'est dit jeudi "pleinement solidaire" de l'UGTT.

Dans une déclaration de son secrétaire général Habib Guiza, la CGTT (50.000 adhérents) affirme "dénoncer l’ensemble des actes hostiles à l’UGTT" et condamne leurs auteurs, enjoignant au gouvernement "à respecter les libertés syndicales".

Les relations entre l'UGTT et Ennahda, les deux plus grosses forces du pays, se sont tendues ces dernières semaines avant de se transformer mardi en conflit ouvert.

Parallèlement, le ressentiment des Tunisiens à l'égard du pouvoir est alimenté par les espoirs déçus de la révolution face aux difficultés économiques et l'impasse politique dans laquelle le pays est plongé, faute d'un compromis sur la future Constitution.

Dans son histoire, l'UGTT, qui revendique un demi-million de membres, n'a appelé qu'à deux grèves nationales, l'une en 1978 dont la répression a fait des dizaines de morts, et une autre, le 12 janvier 2011, deux jours avant la chute du régime de Ben Ali.

Dans un communiqué publié jeudi, le cabinet du Premier ministre "appelle tous les fonctionnaires dans tous les établissements (...) à reprendre le travail" et il a exhorté toutes les organisations tunisiennes "à prôner (...) un discours apaisant pour dépasser les difficultés".

Mercredi, le puissant chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, avait vivement critiqué l'UGTT en la qualifiant "d'opposition radicale" et dénoncé ses appels à la grève aux "motivations politiques et non sociales".

Les conflits sociaux, manifestations violentes et crises politiques s'intensifient à l'approche du deuxième anniversaire de la révolution.

A chaque flambée de violences, Ennahda et l'opposition s'accusent mutuellement d'oeuvrer en faveur des forces "contre-révolutionnaires".

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