NOUVELLES
06/12/2012 06:49 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

Tunisie: islamistes et syndicalistes en conflit, quatre régions en grève

Quatre régions de Tunisie dont Sidi Bouzid, berceau de la révolution, sont en grève jeudi, alors qu'un bras de fer entre islamistes au pouvoir et syndicalistes doit culminer avec un débrayage national le 13 décembre dans un contexte de crise politico-sociale.

Outre Sidi Bouzid (centre-ouest), sa voisine Kasserine observe le débrayage, tout comme Gafsa, une région minière qui est le théâtre de conflits sociaux récurrents, et Sfax (sud), dont la capitale éponyme est la deuxième ville du pays.

Ces gouvernorats sont réputés instables, notamment ceux du centre-ouest marginalisés économiquement. Les affrontements y ont été particulièrement intenses durant la révolution qui avait débuté le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid avec l'immolation d'un vendeur ambulant excédé par la misère et les brimades policières.

Ces grèves visent à dénoncer une attaque mardi de militants islamistes pro-pouvoir contre le principal syndicat tunisien, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), à Tunis.

Elles interviennent quatre jours après la fin de près d'une semaine de heurts entre policiers et manifestants à Siliana (sud-ouest de Tunis) après qu'un appel à l'arrêt du travail y a dégénéré en violences faisant 300 blessés.

L'essentiel des institutions publiques et privées des quatre régions n'ont pas ouvert leurs portes jeudi matin, ont constaté les journalistes de l'AFP, et seules des petites boutiques et cafés de quartier fonctionnaient dans la matinée.

Des centaines de manifestants ont défilé à Sidi Bouzid, scandant des slogans anti-Ennahda, le parti islamiste qui dirige le gouvernement.

"Nous réclamons la démission du gouvernement", "Ennahda a vendu la Tunisie", "Vive l'UGTT, la plus grande force dans le pays", criaient les protestataires.

Le même scénario s'est répété à Gafsa où la grève a été suivie à 95%, selon l'UGTT.

Ces actions régionales sont un prélude au débrayage national annoncé par le syndicat pour le 13 décembre pour dénoncer l'attaque de son siège, alors que les islamistes accusent en retour l'UGTT d'avoir provoqué les heurts.

Les relations entre l'UGTT et Ennahda, les deux plus grosses forces du pays, se sont tendues ces dernières semaines avant de se transformer mardi en conflit ouvert.

Parallèlement, le ressentiment des Tunisiens à l'égard du pouvoir est alimenté par les espoirs déçus de la révolution face aux difficultés économiques du pays et l'impasse politique dans laquelle il est plongé, faute d'un compromis sur la future Constitution.

Dans son histoire, l'UGTT, qui revendique un demi-million de membres, n'a appelé qu'à deux grèves nationales, l'une en 1978 dont la répression a fait des dizaines de morts, et une autre, de deux heures, le 12 janvier 2011, deux jours avant la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali.

Dans un communiqué publié jeudi, le cabinet du Premier ministre "appelle tous les fonctionnaires dans tous les établissements (...) à reprendre le travail" et il a exhorté toutes les organisations tunisiennes "à prôner (...) un discours apaisant pour dépasser les difficultés".

La veille, le puissant chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi avait vivement critiqué l'UGTT en la qualifiant "d'opposition radicale" et dénoncé ses appels à la grève aux "motivations politiques et non sociales".

Les conflits sociaux, manifestations violentes et crises politiques s'intensifient à l'approche du deuxième anniversaire de la révolution.

De peur que la Tunisie ne s'engage sur "le chemin de la perdition", le président Moncef Marzouki a appelé à un remaniement du gouvernement, mais le Premier ministre Hamadi Jebali n'y a pas répondu.

A chaque flambée de violences, Ennahda et l'opposition s'accusent mutuellement d'oeuvrer en faveur des forces "contre-révolutionnaires".

str-kl/alf/sw