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06/12/2012 10:59 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

L'armée établit un périmètre de sécurité, discours de Morsi

L'armée égyptienne a établi jeudi un périmètre de sécurité autour de la présidence où elle a aussi déployé des chars après des heurts meurtriers entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi, dont le renforcement des pouvoirs a plongé le pays dans la crise.

Le président Morsi doit s'adresser à la nation lors d'une intervention télévisée, selon un conseiller

Dans l'après-midi, l'armée a mis en place des barricades de barbelés à environ 150 m du palais présidentiel, après avoir ordonné aux manifestants rivaux de quitter les lieux.

Les partisans du président sont partis mais quelques centaines de militants de l'opposition se sont rassemblés sur une place à environ 300 m du palais, scandant "le peuple veut la chute du régime", comme durant la révolte contre Hosni Moubarak l'an dernier.

La garde républicaine, une unité de l'armée chargée de protéger la présidence, avait sommé les manifestants de quitter "les abords du palais d'ici 15H00 (13H00 GMT) et décidé d'interdire les rassemblements aux alentours" du complexe au Caire, selon un communiqué publié par la présidence.

Cette annonce a été faite après une rencontre du ministre de la Défense et d'autres responsables du gouvernement.

Les heurts ont ont duré toute la nuit et sept manifestants, selon un nouveau bilan de sources médicales, ont été tués et des centaines blessés. Il s'agit des pires violences depuis l'élection en juin du premier président islamiste d'Egypte.

Durant la nuit, des batailles à coups de bâtons, de cocktails molotov et de jets de pierres y ont eu lieu entre camp rivaux avec de brèves périodes d'accalmie, et des coups de feu ont été entendus.

Aux premières heures du matin, des chars et véhicules blindés avaient pris position près de l'entrée du complexe présidentiel et sur une grande avenue qui le longe, dans le quartier d'Héliopolis.

Le général Mohammed Zaki, chef de la garde républicaine, a néanmoins souligné que l'armée ne recourrait pas à la force contre les manifestants.

Les rues dans les environs du palais témoignaient de l'intensité des accrochages de la nuit et étaient jonchées de pierres et de bris de verre.

Après des appels à manifester mercredi devant la présidence, la situation a dégénéré entre les deux camps rivaux. Les autorités ont fait état de 644 blessés et de 50 arrestations.

Des opposants à M. Morsi ont également incendié des locaux des Frères musulmans à Ismaïliya et Suez (nord-est).

La bourse du Caire a accusé le coup, son indice de référence EGX-30 perdant 4,6% à la clôture.

L'Egypte traverse une grave crise depuis un décret du 22 novembre par lequel M. Morsi a étendu ses prérogatives et les a placées au dessus de tout contrôle judiciaire, une situation qui s'apparente à des pleins pouvoirs de fait.

L'opposition, qui dénonce une dérive autoritaire du pouvoir, proteste aussi contre la tenue le 15 décembre d'un référendum sur un projet de Constitution, accusé d'offrir peu de garanties pour les libertés d'expression et de religion et d'ouvrir la voie à une application plus étendue de la loi islamique.

M. Morsi affirme que ses pouvoirs élargis sont "temporaires" et destinés à accélérer une transition tumultueuse.

Pour sortir de la crise, l'institution égyptienne d'Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, a demandé au président de suspendre le décret.

"Mohamed Morsi. Vous êtes le responsable", a accusé la page Facebook "Nous sommes tous Khaled Saïd", qui avait contribué à lancer la révolte ayant renversé Hosni Moubarak en février 2011.

"Nous sommes ici pour la liberté, ils sont là pour la violence", a dit un anti-Morsi, Ali Gamal dans la nuit. "C'est une guerre civile qui va nous brûler tous", a déploré Ahmed Fahmy.

L'opposition conditionne tout dialogue au retrait du décret et à l'annulation du référendum.

Mohamed ElBaradei, chef de la coalition de l'opposition, a fait porter mercredi à M. Morsi "l'entière responsabilité" des violences. "Le régime perd de sa légitimité jour après jour".

Après la démission de quatre conseillers du président face à l'escalade, le président de la télévision d'Etat a aussi annoncé qu'il quittait ses fonctions selon le journal al-Masry al-Youm.

A l'étranger, l'Europe et les Etats-Unis ont appelé à la retenue et au dialogue.

bur-cr/sw