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06/12/2012 07:55 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

L'armée appelle à évacuer les abords du palais au Caire, discours de Morsi

L'armée égyptienne a sommé les manifestants d'évacuer jeudi les abords de la présidence où elle a déployé des chars après des heurts meurtriers entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi, dont le renforcement des pouvoirs a plongé le pays dans la crise.

Cette annonce a été faite après une rencontre du ministre de la Défense et d'autres responsables du gouvernement avec M. Morsi qui doit s'adresser à la nation dans la journée, selon un conseiller.

La garde républicaine, une unité de l'armée chargée de protéger la présidence, "a souligné la nécessité d'évacuer les abords du palais d'ici 15H00 (13H00 GMT) et décidé d'interdire les rassemblements aux alentours" du complexe au Caire, selon un communiqué publié par la présidence.

Seuls les manifestants pro-Morsi étaient restés près du palais après les heurts qui ont duré toute la nuit et dans lesquels cinq manifestants ont été tués et des centaines blessés, les pires violences depuis l'élection en juin du premier président islamiste d'Egypte.

Ils ont commencé à ramasser leurs affaires pour quitter les lieux à la suite de l'ultimatum de l'armée, de nombreux islamistes ayant dormi sur place dans des tentes ou enroulés dans des couvertures, selon un journaliste de l'AFP.

Durant la nuit, des batailles à coups de bâtons, de cocktails molotov et de jets de pierres y ont eu lieu entre camp rivaux avec de brèves périodes d'accalmie, et des coups de feu ont été entendus.

Aux premières heures du matin, des chars et véhicules blindés de la garde républicaine ont pris position près de l'entrée du complexe présidentiel et sur une grande avenue qui le longe, dans le quartier d'Héliopolis.

Le général Mohammed Zaki, chef de la garde républicaine, a néanmoins souligné que l'armée ne recourrait pas à la force contre les manifestants.

Les environs du palais et les rues avoisinantes témoignaient de l'intensité des accrochages: rues encore jonchés de pierres et de bris de verre, avec de nombreuses voitures aux vitres cassées.

Après des appels à manifester mercredi devant la présidence, la situation a dégénéré entre les deux camps rivaux. Quatre manifestants ont été tués par balle et un par une décharge de chevrotine, selon Mena. Les autorités ont fait état de 644 blessés et de 50 arrestations.

Des opposants à M. Morsi ont également incendié des locaux des Frères musulmans à Ismaïliya et Suez (nord-est).

La bourse du Caire a accusé le coup, son indice de référence EGX-30 perdant 4,7% en milieu de journée.

L'Egypte traverse une grave crise depuis un décret du 22 novembre par lequel M. Morsi a étendu ses prérogatives et les a placées au dessus de tout contrôle judiciaire, une situation qui s'apparente à des pleins pouvoirs de fait.

L'opposition, qui dénonce une dérive autoritaire du pouvoir, proteste aussi contre la tenue le 15 décembre d'un référendum sur un projet de Constitution, accusé d'offrir peu de garanties pour les libertés d'expression et de religion et d'ouvrir la voie à une application plus étendue de la loi islamique.

M. Morsi affirme que ses pouvoirs élargis sont "temporaires" et destinés à accélérer une transition tumultueuse.

Pour sortir de la crise, l'institution égyptienne d'Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, a demandé au président de suspendre le décret.

"Mohamed Morsi. Vous êtes le responsable", a accusé la page Facebook "Nous sommes tous Khaled Saïd", qui avait contribué à lancer la révolte ayant renversé Hosni Moubarak en février 2011.

"Nous sommes ici pour la liberté, ils sont là pour la violence", a dit un anti-Morsi, Ali Gamal dans la nuit. "C'est une guerre civile qui va nous brûler tous", a déploré Ahmed Fahmy.

L'opposition conditionne tout dialogue au retrait du décret et à l'annulation du référendum.

Mohamed ElBaradei, chef de la coalition de l'opposition, a fait porter mercredi à M. Morsi "l'entière responsabilité" des violences. "Le régime perd de sa légitimité jour après jour".

Après la démission de quatre conseillers du président face à l'escalade, le président de la télévision d'Etat a aussi annoncé qu'il quittait ses fonctions selon le journal al-Masry al-Youm.

A l'étranger, l'Europe et les Etats-Unis ont appelé à la retenue et au dialogue.

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