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06/12/2012 06:37 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

Italie: le pays des quatre grands derbies et de l'esprit de clocher

Cette saison la Serie A italienne a retrouvé ses quatre grands derbies, à Rome, Gênes, Milan et Turin, piments indispensables au pays du "campanilismo" (l'esprit de clocher), où le match local a parfois plus d'importance que la Ligue des champions.

Le "campanilismo" naît de l'histoire de la péninsule, organisée pendant des siècles en provinces. Le pays n'est unifié que depuis 150 ans, et on est souvent Piémontais ou Calabrais avant d'être Italien.

Outre les derbies des grandes villes, des chocs locaux comme en Sicile, entre Palerme et Catane, sont alimentés par des décennies d'acrimonie. L'un des plus tendus reste Pise-Livourne, deux cités rivales en Toscane, mais il n'a pas lieu cette saison: Pise est en 3e division, Livourne en 2e.

Le derby le plus chaud reste toutefois le "Stracittadina" de Rome, un tel déchaînement de passions que la "Ville Eternelle" en parle quinze jours avant et que les vainqueurs "chambrent" les vaincus pendant six mois.

La Lazio, le club de la région -le Latium, Lazio en italien-, a remporté les trois derniers derbies romains (3-2 en novembre), mais la Roma, qui compte plus de "tifosi" dans la ville, avait gagné les quatre précédents.

Le plus "ultra" se joue à Gênes, entre Genoa et Sampdoria. Le derby de la Lanterne, du nom de l'immense phare qui domine ce grand port, est le plus coloré d'Italie, et sa réputation est mondiale, car la ville est le berceau du mouvement "ultra", ces supporteurs purs et durs, amoureux des couleurs, écharpes, drapeaux... et fumigènes. Il se dispute dans le bouillant stade à l'anglaise de Marassi, où les latéraux ont à peine assez d'espace pour l'élan des bras sur les touches.

Sportivement, en revanche, il est un peu délavé. Le Genoa, plus vieux club d'Italie (1893), n'a plus gagné le "scudetto" depuis 1924, et le seul titre de la "Samp" remonte à 1991, avec Gianluca Vialli et Roberto Mancini.

Le 18 novembre, lors du dernier derby de Gênes, les "Blucerchiati" de la "Samp" l'ont emporté 3-1, désespérant une majorité de la ville, où le Genoa reste le plus populaire.

Pour le palmarès des deux clubs milanais, le derby de la "Madonnina", la statue dorée de la vierge qui coiffe le Duomo de Milan, reste le plus fort. Les deux clubs alignent 18 "scudetti" chacun et 10 Ligues des champions (7 pour l'AC Milan). Ce duel a même eu lieu deux fois en Ligue des champions, tournant à chaque fois à l'avantage des "Rossoneri" de l'AC Milan.

A l'origine, le Milan était le club du peuple et l'Inter celui de la bourgeoisie, mais la répartition a évolué de génération en génération. La ville se partage aujourd'hui les "tifosi", et les deux clubs vendent des écharpes "Je déteste mon cousin", adressées à "l'autre".

Il y a un gouffre en revanche entre le Torino et la Juventus. Le derby de la Mole, la "tour Eiffel de Turin", oppose deux clubs qui n'ont pas connu la gloire à la même époque. Le "Grande Torino" a ainsi disparu en 1949, dans un accident d'avion, un drame que les "Juventini" moquaient sans vergogne sur des banderoles lors de leur dernier affrontement.

Et le duel "Juve-Toro" n'a plus été un sommet du classement depuis la fin des années 1970, où les deux clubs se disputaient le titre, comme les deux Manchester aujourd'hui. Consolation pour les "Granata", battus 3-0 à la Juve samedi, ce sont eux qui comptent le plus de "tifosi" à Turin, la "Vieille dame" étant elle l'équipe la plus aimée, mais en Italie.

eba/ol/gv