NOUVELLES
06/12/2012 01:36 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

Crise en Égypte: le président Morsi ne fait aucune concession

LE CAIRE, Égypte - Le président égyptien, Mohamed Morsi, a refusé jeudi d'abandonner le projet de Constitution adopté par ses alliés islamistes et les décrets qui lui accordent des pouvoirs quasi absolus, dans un discours télévisé qui n'a rien fait pour apaiser la crise qui gronde dans le pays.

Au lendemain des affrontements autour du palais présidentiel qui ont fait six morts et près de 700 blessés, le président Morsi, visiblement en colère, a accusé certains manifestants de l'opposition d'être des vestiges de l'ancien régime. Il a juré qu'il ne tolérerait pas que quiconque tente de renverser son gouvernement «légitime».

Certains des milliers de manifestants réunis près du palais présidentiel ont brandi leurs chaussures en signe de mépris en écoutant le discours. D'autres ont commencé à scander le désormais célèbre slogan du Printemps arabe, «le peuple veut renverser le régime».

Mohamed Morsi a invité l'opposition à un dialogue «exhaustif et productif» à partir de samedi au palais présidentiel, mais il n'a rien dit qui pourrait laisser penser qu'il est prêt à faire des concessions.

L'opposition a déjà déclaré qu'elle ne participerait à aucun dialogue avec le président tant qu'il n'abrogera pas les décrets qui lui accordent des pouvoirs presque sans limites et n'abandonnera pas le projet de Constitution adopté à la hâte par ses alliés islamistes.

M. Morsi a aussi affirmé que le référendum sur le projet de Constitution aurait lieu comme prévu le 15 décembre, malgré les demandes de l'opposition, qui réclame l'abandon pur et simple du texte.

Le président a également refusé d'abroger les décrets du 22 novembre qui le placent au-dessus de la loi et du système judiciaire. Il s'est seulement dit prêt à annuler un décret qui lui donne des pouvoirs élargis pour «protéger» le pays et sa révolution. Il n'a pas dit comment il procéderait et n'a pas donné de détails.

Signe des difficultés qu'affronte le président Morsi, un autre membre de son comité de 17 conseillers a démissionné jeudi pour protester contre sa gestion de la crise, portant le nombre de démissions à sept en deux semaines. Rafik Habib, le seul membre copte du comité, est le plus récent conseiller à remettre sa démission.

L'armée a bouclé les abords du palais présidentiel du Caire jeudi, après les violents affrontements de la veille qui on fait six morts et 644 blessés, selon le ministère de la Santé. Mais les manifestants ont défié l'ordre d'évacuer les lieux et des milliers d'entre eux étaient toujours présents dans le secteur jeudi soir pour exiger le retrait des décrets présidentiels et l'abandon du projet de Constitution. La situation semblait calme par rapport à la veille.

«Nous ne nous en irons pas tant qu'il ne partira pas», a déclaré un manifestant, Magdi Farag, au sujet du président Morsi. Il portait un drapeau égyptien taché du sang de son ami, blessé dans les affrontements de la veille.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des milliers de partisans de Mohamed Morsi se sont installés devant le palais présidentiel et en ont chassé les militants de l'opposition qui y avaient organisé un «sit-in», provoquant de violents affrontements qui se sont répandus dans les rues des quartiers huppés du secteur. Les partisans des Frères musulmans, qui avaient érigé des barricades et des points de contrôle pendant la nuit, se sont retirés des lieux dans l'après-midi.

L'Égypte a connu quelques affrontements sporadiques depuis le renversement du président Hosni Moubarak, en février 2011, mais les violences de mercredi sont les plus graves depuis l'élection de Mohamed Morsi, en juin. L'intensité de l'affrontement devant le palais présidentiel fait craindre que la crise s'aggrave et devienne de plus en plus violente.

L'un des chefs de file de l'opposition, Mohamed ElBaradei, a déclaré mercredi soir que le style de gouvernance de Mohamed Morsi n'était «pas différent» de celui de l'ancien président Moubarak. «En fait, c'est peut-être encore pire», a estimé M. ElBaradei, lauréat du prix Nobel de la paix.