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06/12/2012 11:23 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

Crédits budgétaires: tous les ministères seront touchés à divers niveaux

QUÉBEC - Déterminé à reprendre le contrôle de ses dépenses, le gouvernement Marois impose un régime minceur à tous les ministères, et même à ceux qui ont vu leur budget global augmenter, comme la Santé, l'Éducation et la Culture.

Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, a rendu publics jeudi les crédits budgétaires pour l'année 2013-2014, qui comportent toute une série de coupes à venir dans divers programmes.

En santé, ce sont les agences de la santé et des services sociaux qui vont voir leur budget amputé. Dans le secteur culturel, ce sont les grands musées nationaux qui devront se serrer la ceinture. En éducation, ce sont les écoles primaires et secondaires.

Les fonds d'aide aux entreprises, ceux dédiés à la recherche et à l'innovation, seront aussi sabrés. Même constat pour les affaires autochtones et la condition féminine.

Afin de maintenir l'objectif d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2013-2014, la croissance des dépenses gouvernementales doit être ramenée à 1,9 pour cent, en 2012-2013, et à 1,8 pour cent en 2013-2014. La commande est énorme car depuis 2003 la hausse atteignait en moyenne 4,4 pour cent annuellement. Dans les faits, avec l'augmentation de la rémunération du personnel et la hausse normale des coûts de système, l'objectif de Québec se traduira nécessairement par des coupes importantes dans les programmes et, éventuellement, les services à la population.

Comme si ce n'était pas suffisant en termes d'effort demandé à l'appareil de l'État, en plus des coupes déjà annoncées jeudi, Québec devra trouver 400 millions $ supplémentaires pour espérer boucler son budget en 2013-2014, a expliqué M. Bédard, rappelant que le gouvernement était aux prises avec une impasse budgétaire de 1,1 milliard $ pour l'exercice actuel de 2012-2013.

«Il fallait agir sans attendre», a-t-il dit, pour contrôler la croissance des dépenses. Dans l'année qui vient, malgré toutes les annonces de compressions, les dépenses de programmes grimperont de 62 à 63 milliards $, sans compter le service de la dette.

«Il s'agit d'un défi pour les ministères et les organismes, j'en conviens, mais aussi, et surtout, d'une responsabilité collective», a ajouté M. Bédard, qui préfère parler d'«optimisation» plutôt que de coupes.

N'empêche que le budget de nombreux programmes sera revu à la baisse. Mais Québec, pour l'instant, n'en abolit aucun.

Par exemple, le budget global de la santé (31,2 milliards $) augmentera de 4,8 pour cent, soit à peine pour couvrir la hausse des coûts de système, tandis que celui des agences de la santé et des services sociaux chutera, passant de 100 millions $ à 93 millions $.

Le budget total de l'éducation augmentera de 2,2 pour cent et celui des universités de 3,3 pour cent. Mais cela n'empêchera pas des coupes dans les budgets de recherche universitaire (santé, culture, technologie) et ceux reliés à l'innovation, qui passeront de 169 millions $ à 137 millions $. En même temps, le budget total consacré à l'éducation pré-scolaire, primaire et secondaire chutera de 9,2 à 9,1 milliards $. Mais celui des commissions scolaires est maintenu.

Pendant ce temps, l'aide financière aux étudiants gonflera de 707 millions $ à 754 millions $.

Le secteur culturel ne sera pas épargné, malgré une majoration de son budget de 2,1 pour cent l'an prochain. La hausse de 12,8 millions $ accordée au ministère de la Culture l'an prochain ira essentiellement à la Maison symphonique de Montréal. Mais d'autres institutions culturelles devront accepter une coupe budgétaire: les grands musées nationaux perdent au total 1,6 million $, le soutien à divers projets culturels passe de 5 millions $ à 907 000 $, celui du soutien à diverses interventions culturelles de 10,7 millions $ à 7 millions $.

Par contre, le budget des deux principaux organismes de soutien aux artistes et aux organismes culturels _ le Conseil des arts et lettres (CALQ) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) _ sera maintenu à son niveau actuel. Dans le contexte, ce serait une bonne nouvelle, si on ne tenait pas compte du fait que le gouvernement s'était engagé à réinvestir 88 millions $ par année en culture, dont 13 millions $ au CALQ et 8 millions $ à la SODEC.

Le budget consacré à l'aide sociale marque une baisse sensible de 121 millions $. Mais le ministre Bédard a expliqué cette diminution par une baisse correspondante de la clientèle et non par des coupes budgétaires.

Diverses initiatives de développement économique passent à la trappe. Ainsi, la promotion du tourisme perd 5 millions $. Celle de Montréal chute de 14,6 millions $ et celle de Québec, de 3,3 millions $. Le programme d'appui à l'innovation passe de 22 millions $ à 6,8 millions $ et l'appui aux créneaux d'excellence de 21,8 millions $ à 17,2 millions $.

Le budget des affaires autochtones perd 11 millions $.

Celui dédié à l'amélioration de la situation faite aux femmes ne sera pas épargné non plus, car le Conseil du statut de la femme devra fonctionner l'an prochain avec 3,9 millions $ au lieu de 4,1 millions $ comme cette année.

Réactions

Les partis d'opposition ont jugé sévèrement l'exercice budgétaire présenté par le Conseil du trésor, de même que divers organismes culturels et en santé.

Le député libéral Sam Hamad a reproché au gouvernement d'avoir coupé à l'aveugle dans divers programmes, notamment dans la recherche et l'innovation, menaçant d'autant la croissance économique, «dans un temps d'incertitude».

La porte-parole de Québec solidaire, la députée Françoise David, s'est montrée déçue de constater que les plus démunis n'avaient pas été protégés. «On a trouvé une dizaine de coupes qui vont affecter directement les citoyens et citoyennes du Québec», a-t-elle déploré, énumérant la Curatelle, l'aide sociale et le transport adapté.

Le président de la Société des musées québécois, Pierre Landry, promet d'interpeller prochainement le ministre de la Culture, Maka Kotto, pour le sensibiliser à l'importance de renflouer les coffres des musées.

«On est un peu inquiet. On attend de voir vraiment notre rencontre avec M. Kotto pour juger de la chose. Les besoins dans le milieu sont vraiment criants», selon M. Landry.

De son côté, l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) a dénoncé un traitement qu'elle juge inéquitable. Elle se dit inquiète des sommes allouées aux établissements de santé et de services sociaux qui sont de 175 millions $ moins importantes qu'anticipées.