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06/12/2012 10:31 EST | Actualisé 05/02/2013 05:12 EST

André Boisclair renonce à son statut d'employé de la fonction publique

QUÉBEC - Admettant qu'elle a sous-estimé la nécessité de changement dans la façon de gouverner, la première ministre Pauline Marois a annoncé jeudi qu'André Boisclair abandonnait sa permanence dans la fonction publique.

La double nomination dont avait bénéficié l'ancien chef péquiste le mois dernier avait suscité la controverse au cours des derniers jours.

En plus de son poste de délégué général du Québec à New York, assortie d'un salaire de 170 000 $, M. Boisclair avait aussi été nommé sous-ministre adjoint, un poste qu'il aurait pu intégrer après son mandat aux États-Unis.

Après avoir convoqué la presse à la hâte juste avant la période des questions, jeudi, Mme Marois a affirmé que le tollé soulevé par cette décision avait provoqué une prise de conscience.

«À la suite de ce débat, j'ai discuté de la question avec M. Boisclair (mercredi), et nous avons convenu qu'il renoncerait à son statut d'employé permanent de la fonction publique, a-t-elle dit. Je dois dire que ce débat m'a permis de mesurer encore mieux l'ampleur des attentes des Québécois pour un changement de cap dans la façon de gouverner.»

Du même souffle, Mme Marois a plaidé pour la nécessité d'avoir des nouvelles balises pour encadrer ce type de nominations qui permettent à des personnes qui ne sont pas des salariés de l'État d'être nommées par le conseil des ministres à des postes de la haute fonction publique.

Un comité formé de trois personnes sera prochainement nommé par Mme Marois afin d'étudier cette question, a annoncé la première ministre jeudi.

«Pour répondre à la forte demande de la population, il nous faut édicter de nouvelles balises, prévisibles et marquées du sceau de l'intégrité pour ce type de nominations», a-t-elle dit.

Le gouvernement avait déjà été accusé d'effectuer une nomination partisane, après l'accession de l'ancien député Nicolas Girard à la présidence de l'Agence métropolitaine des transports.

Mme Marois a admis qu'elle était convaincue, jusqu'au débat qui a éclaté cette semaine, que la double nomination de M. Boisclair, une décision exceptionnelle, ne posait aucun problème.

«J'étais convaincue qu'il n'y avait aucun problème à ce qu'il intègre la fonction publique de façon permanente, a-t-elle dit. Je reste convaincue qu'il a tout le talent, les compétences et l'expérience pour ce faire, mais j'ai entendu le point de vue différent qu'ont des gens et que des gens portent sur cette situation et je ne veux absolument pas que mon gouvernement soit attaqué sur des questions d'éthique.»

Mme Marois a soutenu qu'elle ne voit pas ce revirement comme un recul, repoussant ainsi les questions des journalistes à ce sujet.

«Merci de me dire que je recule, a-t-elle dit ironiquement à une reporter. Il me semble que vous devriez me dire: 'c'est formidable, vous êtes capable d'écouter les gens'.»

Au moment de négocier son embauche au poste de délégué général, M. Boisclair avait exigé une permanence dans la fonction publique pour s'assurer d'une certaine sécurité d'emploi, puisque son affectation l'obligeait à abandonner ses fonctions de consultant.

L'annonce de sa nomination à New York, le 7 novembre, omettait toutefois qu'il accédait simultanément à un poste de sous-ministre adjoint, une information révélée par un reportage cette semaine.

Plus tôt cette semaine, le cabinet de Mme Marois avait soutenu sa défense en distribuant une liste d'une trentaine de noms de proches des libéraux qui ont obtenu des postes dans la haute fonction publique.

«On a nommé des gens dans la haute fonction publique, un grand nombre de personnes avec des critères qui sont des critères douteux, certains n'ayant aucune, aucune compétence pour exercer les fonctions qu'elles exercent maintenant», a-t-elle dit jeudi.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a déclaré que le «recul» de Mme Marois témoigne de son manque de jugement.

«Je pense qu'on a un gouvernement qui est déconnecté de ce que souhaite la population, et il n'y a aucun comité qui pourra remplacer le jugement», a-t-il dit.

Le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, a lui aussi insisté sur le manque de jugement de la première ministre, mais il l'a surtout blâmée pour avoir omis d'annoncer la double nomination de M. Boisclair.

«Elle savait évidemment, elle savait, lorsque cette nomination a été faite, nomination de deux pour un, elle savait que ça n'allait pas passer, a-t-il dit. Donc le seul moyen, c'était de tenter de dissimuler la chose. Elle s'est fait prendre la main dans le sac et, aujourd'hui, elle est obligée de reculer.»

Le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, avait déjà reconnu cette semaine que le gouvernement aurait dû annoncer simultanément la double nomination de M. Boisclair, afin de faire preuve de transparence.

Jeudi, lors d'un point de presse, M. Lisée a admis que la nomination de M. Boisclair envoyait un mauvais signal.

«On a bien compris que ça donnait un contre-signal à la fois sur l'énorme travail de probité et d'intégrité qu'on fait en ce moment dans cette session et deuxièmement sur les sacrifices qu'on demande aux Québécois pour arriver à l'équilibre budgétaire», a-t-il dit.

La députée de Québec solidaire Françoise David a estimé que le gouvernement n'avait aucun autre choix que de revenir sur sa décision.

Mme David a suggéré que le comité formé par Mme Marois ait un mandat élargi à l'ensemble des nominations du conseil des ministres.

«Les gens comprennent très bien que pour certaines fonctions il est logique d'aller chercher des gens pas trop loin des orientations gouvernementales à condition qu'ils aient toutes les qualifications, a-t-elle dit. Pour d'autres, peut-être même que ça ne devrait pas jouer, peut-être relever de l'Assemblée nationale, il y a vraiment une analyse à faire.»

Au bureau de Mme Marois, on n'était pas en mesure de chiffrer le coût du comité mais on a assuré que ce sera «minime».